Tristan und Isolde, Bastille, 03/12/2008

Publié le par Friedmund

 


Ultime soirée de l’ultime reprise de la production de Peter Sellars et Bill Viola.  

 

J’ai peu de choses dans le fond à ajouter à ce que je relatais de la première du 30 octobre et de la soirée du 21 novembre. Waltraud Meier inquiète toute la première partie du spectacle tant la voix semble en petite forme voire privée d’assise et de justesse. Le duo du second acte la trouve plus impliquée et présente vocalement que jamais, plus chaleureuse et lyrique surtout. Et elle réussit comme toujours un troisième acte d’exception. Franz-Josef Selig semble en méforme également, fatigué peut-être par l’alternance rapprochée de ces Marke à Bastille et de ses Rocco à Garnier, ou bien encore victime du mal qui l’avait contrait à annuler le 21. Reste alors à son meilleur, incandescent, Clifton Forbis, Tristan toujours aussi étonnant. Dans la fosse, Seymon Bychkov commence mal et offre un premier acte plus plat que lors de la précédente soirée entendue. Ni l’orchestre ni les chœurs ne semblent à leur meilleur non plus. Les cuivres gâchent à eux seuls une bonne part du plaisir par l’approximation constante des intonations et des sonorités de fanfare. La battue du chef se resserre au second acte,  l’orchestre retrouve sa rondeur, la tension attendue survient enfin, et le troisième acte se révèle par la suite fort beau et prenant.

 

Malgré les défauts ou la tiédeur relative de la soirée, l’émotion ressentie à la fin du spectacle est immense. Sans savoir si les interprètes ont surpris malgré moi mon âme au mépris de mon sens critique, ou si, tout simplement, ce rideau final signe l’adieu nécessaire et définitif à une production que j’ai aimée et suivie au fil des reprises comme nulle autre auparavant. Les différents acteurs de cette production au fil des années ne manqueront pas de se rappeler souvent à ma mémoire.

 

Mesdames Waltraud Meier, Lisa Gasteen, Yvonne Naef, Ekaterina Gubanova, messieurs Ben Heppner, Clifton Forbis, Franz-Josef Selig, Willard White, Matti Salminen, Jukka Raisilainen, Alexander Marco-Buhrmester (qui, Melot puis Kurwenal, a participé à toutes les représentations des trois séries), Toby Spence, Bernard Richter, maestros Esa-Pekka Salonen, Valery Gergiev, Seymon Bychov, et, bien sûr, messieurs Peter Sellars et Bill Viola… du fond du coeur merci. Et merci encore à Gérard Mortier d’avoir permis tous ces moments d’exception qui resteront comme emblèmatiques de son passage à la direction de l’Opéra de Paris.    

 

 

« Shut up with your damn coughing ! »

 

C’était aussi lors d’une représentation de Tristan und Isolde, à l’Opéra de Dallas. Lors du troisième acte, Jon Vickers, excédé par les toux permanentes du public,  profitait d’une pause dans la partition pour asséner de sa forte voix cette injonction furieuse au public. La trace sonore se trouve assez aisément sur Internet pour qui en serait curieux.

 

Furieux et déconcentré par l’apocalypse sanitaire et sonore qui sévissait lors du monologue du Roi Marke, je me demandais lors de ce second acte comment Franz-Josef Selig pouvait conserver la moindre once de concentration. Et je l’imaginais cessant son chant et apostropher ce public odieux dont les spectateurs rivalisaient avec opiniâtreté d’une rangée à l’autre dans le raclement de gorge, le reniflement sonore, et des toux libérées de la moindre tentative d’étouffement discret. Jamais, je crois, cinq secondes de répit ne furent offert au chanteur un quart d’heure durant. Clifton Forbis fut soumis à sa suite à la même torture pour la majeure partie de sa longue et difficile intervention du troisième acte. Je tire mon chapeau à ces artistes. Pouvoir conserver malgré tout, résignés et comme si de rien n’était, leur concentration musicale et leur investissement théâtral ne doit pas être tâche aisée. Et je ne salue pas l’absence de gêne manifeste d’un public de butors qui a défiguré une bonne part de cette représentation ; et qui m’a bien souvent gâché la fête.   

 

 

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Publié dans Saison 2008-2009

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