Inédits de Teresa Stich-Randall (Orfeo)

Publié le par Friedmund


Ces inédits de l'artiste, captés dans les studios de la radio viennoise entre 1953 et 1959, illustrent à merveille tous les paradoxes de l’art de Stich-Randall. Toutes les prises rassemblées ici amènent à des réserves plus ou moins grandes, mais, pourtant, la fascination demeure. A la condition sans doute indispensable d’apprécier en soi cette voix si étrange et ce chant si particulier : moyens amples mais ton volontiers sucré, raideurs que contredisent de véloces vocalises souvent caricaturales dans leur staccato appuyé, sens du mot mais italien détestable…

 

Pourtant, quelles que soient les limites stylistiques évidentes de chacune de ces interprétations, dans le répertoire italien tout du moins, un personnage toujours se dessine, maquillé parfois, mais toujours captivant. Ainsi, Mimi offre peu du moelleux vocal attendu mais fascine par son exquise sensibilité, et Violetta, raide et peu sensuelle, accroche par sa pudeur et son expressivité. Je pourrais noircir des lignes et des lignes de reproches… et pourtant, l’écoute captive. Etrange chanteuse. Norma surprend plus encore : la voix est dure, l’émission puissante, la ligne hachée par le manque de legato du soprano…. Et pourtant, ce Casta Diva, jamais entendu ainsi auparavant, hypnotise par sa force privée pourtant de toute poésie. La cabalette à suivre sombre dans le ridicule d’une vocalise mécanique, appuyée, en force et prise à toute vitesse : ne manquent plus que les claquements de mâchoires, sans doute couverts par un chef et un orchestre éléphantesques qui se font une bien drôle d’idée de cette musique. Autre paradoxe, c’est dans la scène de Desdemona, seul de ces rôles italiens qu’elle n’aborda jamais en scène, que Stich-Randall se révèle la plus passionnante et la plus satisfaisante. Bien sûr il faudra passer sur l’italien, infernal dans l’Ave Maria. Mais le personnage, inquiet, triste, contenu, est d’un relief saisissant, et les longues phrases de la chanson du saule d’une noblesse impressionnante.

 

Pour ce qui est de Mozart, on passera, et vite. Les prises aixoises de sa Konstanze et de sa Comtesse ont offert à Stich-Randall de passer à la postérité. A Vienne plus tôt dans sa carrière, le résultat est en comparaison foncièrement scolaire et inintéressant. En Comtesse, la balourdise du chef oblige même le soprano a hacher ici ses mots et ses phrasés d’une manière insupportable, surexposant le manque de legato de la dame et les défaillances de l’accent. Tout juste devine t-on un peu de la magique lumière aixoise, sans savoir vraiment si ce n’est pas là la mémoire auditive qui tout simplement nous abuse. La scène de Tatiana, en allemand, est autrement plus intéressante. Stich-Randall nous y fait un numéro de pucelle exaltée des plus tendres, très animée et pleine d'un feu vital débordant. Tout juste objectera t-on que l’on se figure mal tout de même l’héroïne de Pouchkine encore pré-pubère... C’est finalement le seul monologue d’Ariadne qui rappelle ici la Teresa Stich-Randall que l’on aime : déclamation noble, phrasés expressifs et intensément lumineux, délicatesse des inflexions et des nuances. Pour qui ne serait pas inconditionnel de la dame, cela fait finalement peu.

 

En conclusion, un album paradoxal, qui s’il complète le portrait artistique de Stich-Randall, ne sert pas nécessairement cette grande dame du chant. Julia Varady, James King, et, surtout, Leonie Rysanek, Sena Jurinac et Placido Domingo furent bien bien mieux servis chez le même éditeur. Pour entendre Teresa Stich-Randall à son meilleur, restent les extraordinaires Fiordiligi, Konstanze et Comtesse d’Aix, fréquemment rééditées. Et, bien sûr, sa classique Donna Anna, que je range toutefois un cran derrière les trois incarnations précédemment citées.              

 

 

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Publié dans Disques et livres

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