Giuseppe Di Stefano
Giuseppe Di Stefano est un ténor pour lequel j’ai toujours eu une immense affection. Sa disparition récente ne me laisse pas insensible. Sans doute parce qu’il a été un compagnon très présent pour moi, comme pour tous ceux qui ont fait une large part de leur éducation lyrique en écoutant inlassablement les enregistrements de Maria Callas. Rodolfo, Edgardo, Manrico, Arturo, Mario me sont apparus pour la première fois sous les traits qu’en dessinait la voix argentée de Di Stefano. Bien sûr, le chanteur était souvent fâché avec le rythme, l’aigu tiré et difficile après le milieu des années 50 et des prises de rôles trop lourdes ; autant de défauts venus ternir ce qui a peut-être été le plus beau timbre de ténor italien du vingtième siècle. Peu importe. La plus grande qualité de Di Stefano résidait à mon sens dans sa capacité à incarner un rôle avec une sincérité désarmante, son habileté à dessiner un personnage vivant et crevant l’écran. Ainsi, aucun autre ténor avant ou après n’aura mieux saisi les sourires de Cavaradossi, son humour chaleureux et tendre auprès de Floria Tosca, sa tendresse aimante et sa liberté de ton sans caricature ni démonstration. Son Riccardo démontre cette même qualité d’humour et d’humeur primesautière introuvable chez tout autre ténor du vingtième siècle, puis de déchirement humain tendre et passionné mais sans caricature. Giuseppe Di Stefano était la tendresse faite ténor. A côté de son Arturo, imparfait et transposé, mais suprême de délicatesse, tous les autres ténors me semblent des machines à émettre des notes, fussent-elles plus aisées et percutantes. Que dire encore de son Edgardo berlinois, révolté au second acte comme nul autre, puis exalté et pleurant sa scène finale avec une conviction qu’aucun effet de mauvais goût trop prononcé ne vient gâcher. Di Stefano en somme, par la modernité du ton et la sincérité de ses incarnations, était bien le partenaire idéal de Callas. Il suffit d’ailleurs d’entendre la Divine aux prises avec d’autres ténors au style déjà daté, Del Monaco ou Eugenio Fernandi par exemple, pour s’en convaincre.
Di Stefano a été une star absolue du circuit lyrique. Et, outre Callas, le partenaire privilégié bien des soirs de la Tebaldi ou de la Stella. De nombreux lives nous restent venant s’ajouter à la somme conséquente de ces intégrales de studio. J’ai déjà dit tout le bien que je pensais de ses Mario, Riccardo ou Edgardo. Le premier est à entendre en studio en 53, le second live à la Scala en 57, le dernier à Berlin dans le fameux live de Karajan ; les trois fois auprès de Maria Callas bien sûr. Parmi ses autres intégrales, j’ai beaucoup d’admiration également pour son Pinkerton, nonchalant et très séduisant, enregistré en studio en 1953 avec Victoria de Los Angeles et récemment réédité par Testament. Prendre la pleine mesure de la beauté de la voix de Di Stefano nécessite toutefois d’aller rechercher ses premiers témoignages. Si son Rinuccio de 1949 et son Almaviva de 1950 au Met restent difficiles à dénicher (pour peu qu’ils aient déjà été réédités en CD), son Fernando de la Favorite en 1950 à Mexico demeure un must absolu, d’autant plus qu’il a ici pour partenaire de tout aussi épatants Simionato, Siepi et Mascherini (Myto). On fuira ses récitals tardifs chez Decca et DG, mais on courra rechercher ses premières prises de la fin des années 40 souvent rééditées chez différents éditeurs ; et éventuellement le premier volume mono de ses chansons napolitaines paru chez Testament.
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