Julia Varady live à Vienne (Orfeo)

Publié le par Friedmund


Le premier disque consacré par Orfeo à Julia Varady était phénoménal. Ces prises munichoises la présentaient dans ses rôles sans doute les plus marquants (Senta, Arabella, Vitellia, Elettra, Abigaille, les deux Leonora), mais aussi à son zénith vocal sur la période 1975-1992. Ce second volume, centré cette fois-ci sur des captations viennoises, se révèle à l’écoute nettement moins enthousiasmant. L’incandescente soprano roumaine est saisie dans ce présent album lors des dernières années de sa carrière, sur la période 1993-1996. S’il n’est pas galant de parler de l’âge des dames, il n’en demeure pas moins difficile ici de l’occulter : tant bien même la voix reste encore vibrante, l’aigu est moins aisé, la voix moins fluide et rayonnante. La brochette de seconds couteaux de la baguette qui sévissent à Vienne sollicite également notre soprano avec un talent bien moindre que celui offert par les Sawallisch, Klee, Sinopoli ou autres Schneider de l’album munichois.

 

Pourtant, c’est surtout le choix éditorial de cette nouveauté qui soulève quelques questions chez un éditeur qui nous a habitué à nous restituer avec soin et pertinence ce que les scènes autrichiennes et allemandes ont connu de plus exceptionnel après-guerre. Etait-il vraiment utile de confronter Varady à elle-même et de doublonner, par des prises plus tardives et moins avantageuses, la ballade de Senta et la première scène du quatrième acte de Trovatore? Etait-il vraiment judicieux d’exhumer ces deux extraits de 1993 du premier acte de la Forza del Destino, aria puis duo, alors que la firme dispose vraisemblablement de la bande son intégrale des légendaires soirées de 1986 avec Sinopoli, Lucchetti et Moll à Munich ? Ce même premier acte restitué par Ponto récemment dans un son précaire montrait une Varady irrésistible, vraie torche émotionnelle ; à Vienne, sept ans plus tard, elle paraît bien sage, presque éteinte en comparaison. Etait-il vraiment indispensable encore de présenter cette Aïda tardive alors que nous disposons déjà de l’intégrale Ponto d’une soirée berlinoise, dix ans plus tôt?  Pire encore, fallait-il vraiment sélectionner comme extraits de cette Aïda, le duo du II avec Amneris, puis celui du IV avec Amonasro, alors même que Marjana Lipovsek et Franz Grundheber s’y montrent tous deux exsangues et exécrables de chant ? Pourquoi aussi présenter l’Ave Maria privé de la canzone del salce, ou bien la seule première moitié du duo de Fliegende Holländer qui met ainsi avant tout en valeur un Franz Grundheber bien quelconque? Etrange idée, enfin, que de vouloir présenter Giuseppe Giacomini, ici omniprésent en Alvaro, Manrico et Otello, comme un partenaire de prédilection de la soprano…

 

Mis bout à bout, ces choix paraissent difficilement compréhensibles, et surtout peu flatteurs pour ce qui se veut sans doute un hommage à une soprano dont on n’illustrera jamais assez le génie si personnel. Quand on sait combien Julia Varady demeure encore confidentielle et mal servie par le disque, on ne peut que regretter cette occasion ratée qui ne satisfera sans doute que ses plus inconditionnels admirateurs. On retiendra malgré tout l’inédit duo du troisième acte d’Otello, en déplorant toutefois que l’éditeur n’ait su trouver un témoignage de cette Desdemona antérieur à 1996.

 

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Publié dans Disques et livres

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