Boulez-Pollini-Lang, Pleyel, 31/03/2009
Arnold Schönberg
Six Petites Pièces op.19
Alban Berg
Quatre Pièces op.5
Anton Webern
Trois Petites Pièces op.11
Concerto op.24
Lieder op.3, op.4 et op. 12
Variations op.27
Symphonie op.21
Cinq Pièces op.10
Arnold Schönberg
Lied der Waldtaube
Symphonie de chambre op.9
Ensemble Intercontemporain
Maurizio Pollini piano
Petra Lang soprano
Alain Damiens clarinette
Eric-Maria Couturier violoncelle
Pierre Boulez direction
Deux heures de musique sous le signe de la miniature viennoise avec des interprètes tous plus exceptionnels les uns que les autres. L’affiche tient du rêve éveillé. Et tient toutes ses promesses. Maurizio Pollini ouvre le concert, inspiré et poète, avec une interprétation de l’opus 19 de Schönberg d’une simplicité déconcertante qui n’illustre que mieux le raffinement exceptionnel du pianiste. Le même Pollini soutient pour l’opus 5 de Berg un Alain Damiens décidément inimitable dans la maîtrise exceptionnelle de son instrument. L’éloquence de cette clarinette est inouïe, son charisme musical et expressif subjugue. L’opus 11 de Webern offre à la suite un dialogue tout en finesse de touche entre Eric-Maria Couturier et Maurizio Pollini. Viennent Pierre Boulez et l’Ensemble Intercontemporain pour un concerto opus 24 aux allures de kaléidoscope tant les timbres de chacun des pupitres s’assemblent et se séparent en milles couleurs. Petra Lang impose dans les trois opus de lieder sa voix sculpturale et charnelle, mais aussi une familiarité que l’on devine manifeste avec ces mots et cette musique. Maurizio Pollini l’accompagne à chaque instant de ses notes et de ses regards. Déjà le syndrome de Florence guette à chaque instant. Les variations opus 27 viennent conclure prestement, mais non moins magnifiquement, cette première partie absolument exceptionnelle dans sa densité artistique.
La seconde partie n’est pas moins forte. La symphonie opus 21 de Webern est une vraie gourmandise : le dialogue des instrumentistes, tous somptueux de son, est rutilant de couleurs, profond de dynamique, bref absolument délectable. Les pièces de l’opus 10, plus théoriques et exploratoires dans l’évasion tonale, brillent quant à elle par leur étoffe de miniatures hautement raffinées et arrachent au silence d’hypnotiques sensations. Le retour à Schönberg vaut au public un extraordinaire lied de Waldtaube, clair et incisif à l’orchestre, charnel et torrentiel dans le chant. Petra Lang est peu présente à Paris, et l’Opéra ne peut s’enorgueillir de la tenir ainsi absente de la scène. La voix est somptueuse, sculpturale même, riche et magnifique d’étoffe, et l’interprète déploie un chant fier et ardent d’une exceptionnelle tenue. L’intensité est exceptionnelle, la grandeur du moment étourdissante. Pierre Boulez conclut par un opus 9 au chant enthousiaste et chaleureux. Pour peu, ne serait l’ombre et la réputation sévère du chef, on oserait même parler d’une effusion revigorante de lyrisme. Les dernières notes achevées, le bonheur est complet, l’ivresse totale ; et le verbe reste comme privé des usuels superlatifs, tous bien réducteurs et insuffisants pour tenter de résumer un tel concert.