Orchestre de l'ONP, Pleyel, 10/09/2008
Olivier Messiaen : Un sourire
Gustav Mahler : Neuvième symphonie
Orchestre de l’Opéra National de Paris
Jonathan Nott, direction
Programmer Un sourire en apéritif de la Neuvième m’avait semblé a priori une idée séduisante. Olivier Messiaen et Gustav Mahler, couple singulier et aux propos en apparence antinomiques… Ce serait oublier que dans sa morbidité burlesque la Neuvième est hymne à la vie et non pas à la mort. Quel que soit le plaisir certain que procure la musique de Messiaen, ces dix frêles minutes pèsent peu confrontées à la neuvième symphonie de Mahler ; et paraissent de ce fait artificielle juxtaposition et inutile prélude au chef-d’œuvre mahlérien. Le dernier opus de Messiaen fut œuvre de circonstance, l’ultime partition de Mahler testament philosophique et musical : quel intérêt finalement à vouloir les apposer ou les confronter ?
La lecture qu’offre Jonathan Nott de la pièce de Messiaen est plaisante : douceur sereine, élégance et clarté, mise en avant réussie de la palette de coloris si caractéristique de l’écriture du compositeur. On pinaillerait bien un peu en notant quelques intonations peu raffinées des cuivres, mais c’est là péché véniel. Le résultat obtenu par le chef et son orchestre dans la Neuvième m’amène à de plus notables réserves. L’andante démontre la volonté du chef de ne rien écraser par un mouvement trop ample. Les cordes sont fréquemment rappelées à la retenue, pour mieux laisser bois et cuivres se faire entendre avec netteté. La démarche n’est pourtant pas celle de la transparence cristalline qui sied si bien à Mahler. L’allure sonore générale tient du magma, compact et dense, sur lequel flottent en surimpression traits d’orchestre et sonorités parfois finement recherchées. En somme, le coloris, varié, précède l’architecture, d’un seul bloc. Face à un mouvement d’une telle ampleur, l’intérêt tend au fur et à mesure à s’amenuiser par manque d’élan et de tension, d’inexorabilité dans la construction ; d'une saturation sonore uniforme, surtout. Le ländler bénéficie d’un son rugueux et carré, rustique en diable et joliment phrasé, quoique chaussé de bien lourds sabots. Tout comme lors du mouvement précédent, la surprise sonore ne dure qu’un temps et l’attention s’estompe en cours de route. En cohérence parfaite avec son propos, Jonathan Nott balance un rondo massif dans sa pâte mais sage et sans goût aucun du danger. La prise de risque rythmique qui fait tout le sel de cette mécanique à l’équilibre précaire, en permanence sur le fil, n’apparaît que dans la conclusion de ce rondo bien peu burlesque. L’adagio enfin est à l’image du tout, lourdement appuyé mais privé de tension et de pathos, compact et massif, insuffisamment nuancé. La lecture de Jonathan Nott a le mérite d’être cohérente dans son ensemble, classique de ton, musicale avant tout, enracinée en somme dans un héritage symphonique antérieur aux compositions de Gustav Mahler. Je ne peux m’empêcher d’être surpris que, si sage, elle soit le fait d’un chef familier des pupitres de l’Ensemble Intercontemporain ou de l’Ensemble Modern.
La question se pose peut-être de savoir dans quelle mesure l’Orchestre de l’Opéra National de Paris était bien, pour lui et pour l’œuvre, l’instrument approprié. Jamais ce soir les cuivres ne se sont travestis en sympathiques canailles ni les bois n’ont persiflés avec autant d’ironie que de joie. Jamais non plus les cordes ne se sont tendues jusqu’à vibrer avec tout le pathos des orchestres rompus à l’intimité mahlérienne. Tout autant qu’un potentiel technique, un orchestre c’est aussi une culture.