West-Eastern Divan, Pleyel, 25/08/2008

Publié le par Friedmund

   

Arnold Schönberg : Variations opus 31

Richard Wagner : Die Walküre, acte I

 

West-Eastern Divan Orchestra

Daniel Barenboïm, direction

 

Waltraud Meier (Sieglinde)

Simon O’Neill (Siegmund)

Rene Pape (Hunding)

 

 

On admire l’aplomb d’un orchestre de jeunes instrumentistes qui nous offre en première partie les Variations opus 31 de Schönberg. Oeuvre didactique et conceptuelle, à la gloire théorique et contrapunctique de la forme sérielle, ces variations ont été parfois comparées à l’Art de la fugue ou au Clavier bien tempéré ; Schönberg y glisse d’ailleurs ci et là, bien peu incidemment, le fameux quadruplet si bémol – la – do – si  (soit le nom de Bach en notation musicale allemande). Douze sections formées d’une introduction, un thème, neuf variations et un finale, chaque variation constituée d’un nombre de mesures en multiple de douze : l’œuvre est une démonstration rutilante du système dodécaphonique. Le West-Eastern Divan Orchestra et Daniel Barenboïm servent ces variations merveilleusement. Précision et clarté (des cuivres et des bois notamment), palette de nuances d’une grande expressivité, du murmure jusqu’au soulèvement vigoureux, tout sonne ici avec le lyrisme poétique et l’élégance cristalline indispensables à cette musique. En une vingtaine de minutes, Barenboïm réussit la double démonstration et de la grandeur poétique du système dodécaphonique, puisque tel était l’objet du compositeur pour ces Variations, et aussi de la belle qualité de son juvénile orchestre.

 

En seconde partie, l’orage qui ouvre le premier acte de la Walkyrie impressionne tout autant par sa force, le potentiel dynamique de l’orchestre, sa concentration. Passées ces premières mesures, la lecture de Barenboïm m’est apparue plutôt composite : nuances portées jusqu’aux extrêmes, délicatesse des textures ici (magnifique alliage des bois à plusieurs reprises) et emportements massifs plus tard, tempi variant de la cursivité à l’alanguissement etc. C’était déjà par ailleurs l’optique musicale d’ensemble de son Ring à Bayreuth. Au fil de l’acte la qualité de l’orchestre reste certaine mais présente quelques motifs à nuancer un jugement globalement favorable : quelques cafouillages nets apparaissent à deux ou trois reprises, et les cordes, si virtuoses, manquent en coloration de la patine des orchestres professionnels (ce n’est après tout guère anormal pour un orchestre saisonnier, formé de jeunes instrumentistes, et au taux de rotation interne important). La qualité d’intonation des cuivres et la beauté de son du premier clarinettiste m’ont par contre semblé tout à fait admirables.

 

Du côté de la distribution, il est peu dire que j’attendais avec impatience d’entendre la Sieglinde de Waltraud Meier. Ce n’est sans doute pas son meilleur rôle wagnérien : il lui manque ici un élan passionné et un lyrisme emporté qui ne sont pas ses marques de fabrique les plus évidentes. Pour autant, dès qu’elle chante on ne voit et on n’entend plus qu’elle. Chaque mot est ciselé, la fluidité de la langue est admirable, chaque inflexion est d’une subtilité remarquable. L’interprétation musicale est doublée par le talent dramatique de l’artiste : chacune des émotions de Sieglinde transparaît dans sa voix, dans ses gestes, sur son visage… La narration de son récit, tout de mystère et d’émotion contenue, m’a fait me suspendre à ses lèvres. Plus le temps passe et plus son art me semble se bonifier. La voix même s’est présentée en excellente forme, bien plus en tout cas que lors de la télédiffusion de ce même premier acte en direct de Ravello : fermeté de la ligne, puissance sonore, facilité d’émission dans tous les registres. A ses côtés le Siegmund de Simon O’Neill a fait plutôt bonne figure, sans pour autant vraiment m’enthousiasmer. La voix est solide et vaillante, aisée dans l’aigu, capable d’un beau lyrisme. Le chanteur est vif et concerné dans son chant, l’interprète plutôt émouvant à voir et à entendre. Son Winterstürme concentre ses meilleures qualités : aisance, beauté du phrasé, subtilité de la verbalisation, homogénéité d’une voix aux couleurs un rien nasillardes. Manquent à ce Siegmund le ton épique et la personnalité forte qui permet d’animer ses récits de la seconde scène, interprétés ici avec une vraie compétence et une belle musicalité, mais de manière bien fade, sans toute la dimension tragique attendue. Rene Pape ne fait qu’une bouchée de Hunding qu’il impose sans coup férir : la voix est ample et magnifique et l’interprète se révèle capable tout à la fois de tonner et d’insinuer fielleusement avec la plus grande retenue ; et ce en quelques phrases à peine. 

 

En somme une belle soirée pour le lancement de cette nouvelle saison parisienne, conclue par quelques mots de Daniel Barenboïm quant à la finalité recherchée par cet orchestre mêlant israéliens et ressortissants de nombreux pays du monde arabe : dialogue et connaissance de l’autre comme condition première et essentielle à la paix. On leur souhaite évidemment les meilleurs vents, en soupesant combien cet impératif s’étend bien au-delà du contagieux conflit entre Israël et Palestine : il est plus que temps qu’Occident et Orient apprennent l’un de l’autre toutes leurs richesses culturelles, historiques, philosophiques et artistiques respectives.

 

 

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Publié dans Saison 2008-2009

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