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Saison 2004-2005

Jeudi 12 avril 2007 4 12 /04 /Avr /2007 00:01

 

 

Je suis ressorti de la représentation de ce jour épuisé émotionnellement ; comme il se doit lors de toute confrontation au harcèlement provoqué par une exécution d'Elektra. Ma première réaction face aux ovations gigantesques reçues par tous cet après-midi a été de penser que la critique n'avait pas tort de parler de réaction cathartique du public. Dit autrement, je suis persuadé qu'une grande part du délire du public le rideau tombé était plus due à la force de l'œuvre qu'au pouvoir de conviction de l'interprétation, bonne au demeurant.

Que dire de la mise en scène de Hartmann? Celle-ci serait d'une platitude totale ne seraient les fautes de goût d'un ridicule consommé qui parsèment ci et là une production qui s'illustre surtout par sa quasi-absence de direction d'acteurs et d'idées fortes. Les quelques idées issues de la direction d’acteurs sont parfaitement grotesques : Chrysothemis tape de son talon-aiguille sur la marche où est assise Elektra, Elektra déroule à terre comme un vulgaire tapis une Klytemnestra préalablement drapée du voile ensanglanté dont jamais Elektra se sépare, sainte relique de l’assassinat d’Agammemnon… Plus nuisible encore, les personnalités de Klytemnestra, Chrysothemis et Orest sont allègrement violées par les contresens les plus flagrants. Strauss avait rappelé la noblesse et l'humanité nécessaires à Klytemnestra : tous les torts dans ce mariage ne sont pas nécessairement là où l'opéra, tranche limitée de l’histoire des Atrides, le suggère... Or qu'avons nous là? Une pouffiasse vieillissante émergeant à peine de la prise de substances psychotropes et débarrassée de toute trace la dignité la plus élémentaire ; la décadence de l’épouse d’Agamemnon est le point de vue d’Elektra assurément : cela n’en fait pas une vérité absolue. Que reste t-il de l'impact du drame si Elektra n'a qu'à affronter une reine déchue, falote, pauvre vieillarde qui eut quand même l'heur de tenir son salopard de mari solidement ancré pendant que son amant le hachait menu? Si Klytemnestra n'est qu'un être en déshérence, comment expliquer qu’elle ait pu rester assise sur le trône de Mycènes vingt ans durant après avoir assassiné le Roi des rois ? La force du drame réside entièrement dans la portée mythique de personnages plus grands que nature : le crime d’Orest, sa portée héroïque, est indissociable d’une Klytemenestra nécessairement redoutable. Ceci dit, on reconnaitra à Hartmann une certaine constance dans le contresens : son Orest, velléitaire et à peine pré-pubère, suinte l’angoisse, l’impuissance et la lâcheté. Il a beau refuser l’habit d’Agamemnon, on s’explique bien mal qu’il ait simplement pu soulever une quelconque hache et en faire usage… Le personnage de Chrysothemis, niaisement illustré, n’est guère mieux traité : privé de tout l’appel des sens qui caractérise le personnage et vient offrir le contrejour vital aux ombres des autres protagonistes, sa raison d’être tombe purement et simplement ; la sœur antithétique d’Elektra devient simple objet décoratif…

 

Je suis par curiosité ouvert aux relectures et angles d’attaque différents sur les grandes œuvres du répertoire. Pourtant, on ne peut leur faire tenir un discours strictement opposé à leur sens profond : la violation de la lettre se justifie à mon sens si elle illustre d’un éclairage nouveau ou différent l’esprit ou la force de l’œuvre. Ainsi, le lavomatic ou la structure métallique de la mise en scène, anecdotiques, m’apparaissent bien moins gênant que la suppression de tout impact dramatique et émotionnel à une œuvre aussi puissante que Elektra. Cet impact n’existe pour Elektra que dans les méandres inconscients du mythe, signifiants car psychologiquement crédibles et présenté dramatiquement avec l’évidence du grand théâtre : à refuser au drame sa dimension mythologique, on l’annule purement et simplement. Résumer un des grands mythes de l'histoire de l'Humanité à une sombre histoire bourgeoise de boulevard ne me semble pas un haut fait de gloire, vraiment.

 

La gloire de cette soirée est à chercher tout entière dans la direction musicale de Christoph von Dohnanyi, absolument somptueuse de bout en bout. La transparence absolue de l'orchestre, marque de fabrique du chef, est hypnotique: les détails et raffinements orchestraux se soulèvent les uns après les autres dans une beauté à couper le souffle. Dohnanyi sait tout autant imprimer un lyrisme fantastique à la partition, il dérouler un tapis musical d'une rare splendeur lors des retrouvailles de la sœur et du frère, et une tension exacerbée à un orchestre qui semble fait d'un seul souffle, souvent incendiaire , et d’une mobilité permanente; la dernière section de « Ich habe wie Feuer in der Brust » emporte comme rarement dans une salle d’opéra. La retenue des cordes et des cuivres n'enlèvent rien, et sublime même la tension d'un orchestre martelé avec une implacable rythmique. Cette retenue toute viennoise permet au chef de conserver des réserves de puissance qu'il sait relâcher judicieusement le moment venu : le finale était stupéfiant. Une très grande direction d'orchestre, peut-être la plus belle prestation orchestrale de la saison à l'ONP, et sans doute même, une des plus impressionnantes que l’on puisse entendre de nos jours dans une fosse d’opéra.

Sur le plateau, les chanteurs sont plus qu’honorables à défaut d’être vraiment mémorables. Eva-Maria Westbroek est splendide de moyens et de puissance, de timbre et de couleurs, et j'aurais aimé la voir aux prises avec une autre direction d’acteurs, tant la mise en scène la sollicite pour jouer le contraire de ce qu'elle chante ; qu’elle brille dans tel contexte n’est que plus remarquable, et indique très certainement une grande soprano en devenir. Felicity Palmer possède un timbre qui pourrait aisément fasciner dans le rôle, d’autant plus que les moyens sont encore très présents. Il manque pourtant la puissance expressive des plus grandes, celle qui permet en vingt minutes à peine de marquer l’esprit au fer rouge. Tout comme Westbroek, Palmer bénéficiera de toute mon indulgence, tant ce que lui demande Hartmann est idiot et saugrenu… J'ai d’ailleurs passé une bonne part de la scène de la confrontation les yeux rivés sur le chef et l'orchestre: bien plus que sur la scène, c’est dans la fosse que se jouait le drame à ce moment là. Jerry Hadley est un bon Aegisth, mais l'Orest de Marcus Brück est définitivement pâle et mince, sans grave ni charisme, très en deca des exigences d’un rôle qui demande avant tout fierté et noblesse.

Presque dix ans après ses triomphales et glorieuses Elektra du Châtelet avec Berlin et Barenboïm, Deborah Polaski reparaît dans un rôle où elle fut superbe. La voix n'a plus la solidité d'antan, c'est évident, et les années qui ont passé sur sa voix depuis les représentations du Châtelet ne l'ont pas laissée indemne. Certains aigus font l'objet d'un vibato prononcé affectant la justesse, et le souffle et la voix semblent parfois simplement lâcher. Il n'empêche que cette Elektra exhibe encore un médium somptueux, sonore et puissant. La cantatrice, même lorsque la voix vient sporadiquement à se déchirer, déploie en permanence un charisme purement vocal qui rend bien pâle Westbroeck et Palmer en comparaison. Ne se limitant aucunement à une puissance glorieuse, voila une Elektra qui ose les piani dès son monologue d'entrée, avant de distiller, lors du second avec Orest, un lyrisme et une tenue de la ligne digne des meilleures jugendlich , sans ne jamais rien sacrifier au texte si fondamental de Hugo von Hoffmansthal. La voix n'est peut-être plus à son sommet, mais l'Elektra de Polaski reste encore une expérience musicale et dramatique rare, ce qui pour tel rôle n’est pas un mince exploit.

Pour Dohnanyi et Polaski, mais également Westbroek, cette matinée se sera révélée fascinante et mémorable. Pour le reste, on oubliera vite.

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2004-2005 - Communauté : Musique Classique
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Mercredi 11 avril 2007 3 11 /04 /Avr /2007 23:23

Dernière Elektra de la production Hartmann-Dohnanyi, et dernière soirée de la saison 2005 à l’Opéra de Paris.


Mes impressions demeurent inchangées sur l'aspect musical. Dohnanyi transcende son orchestre, au lyrisme superbe et à la richesse sonore épatante. Le flot musical est pur et tranchant comme un cristal, la transparence confondante. Deborah Polaski reste toujours vocalement d’un sensationnel charisme, mais les aigus sont plus fréquemment encore hors-contrôle voire faux que le 26/6, au début de la série. Westbroeck, très ovationnée, et Palmer sont conformes à leurs prestations de juin : belle et radieuse de voix pour la première, toujours en déficit de poids dramatique pour la seconde ; elles demeurent toutes deux sensiblement dans l’ombre du numéro extraordinaire de Polaski, pour tout dire. Hadley reste quant à lui sans histoire mais sans saveur. La différence de volume entre le Marcus Brück peu audible de la première représentation à laquelle j’ai assisté et celui entendu ce soir me laisse à penser que la sonorisation à Bastille n'est pas qu'un mythe : ce soir, sa voix fluette faisait jeu égal en volume avec celle de Polaski lors du « Du wirst es tun »; ce surplus de volume ne lui confère pas pour autant plus de poids expressif et cet Orest reste désespérément plat.

En seconde lecture, l’agacement face à la mise en scène de Hartmann demeure aussi inchangé : je ne peux me résoudre à cette Klytemnestra faiblarde et effacée, ni à cet Orest pré-pubère, apeuré et vélléitaire. Le drame tombe à l'eau, et le seul effroi qui surgit lors de la scène de la confrontation réside dans son insipidité.


Le rideau tombé et les saluts passés, Gérard Mortier s’est rendu sur scène pour remettre un bouquet de fleurs à Deborah Polaski. Celle-ci célébrait en effet ce soir sa cent-cinquantième Elektra ! L’exploit est à saluer, surtout lorsqu’on se remémore qu’elle y fut dramatiquement et vocalement parfaite il y a à peine dix ans de cela, et qu’elle demeure une tragédienne et une voix sans rivale aujourd’hui pour tel rôle. La longue ovation supplémentaire ayant accueilli cette sympathique célébration n’est que justice pour cette grande et belle artiste.

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2004-2005 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:38

Avant de commencer, la suite de l'affaire Gheorghiu. Van Kooten était annoncée sur le site Internet du Châtelet ce matin, en toute logique c'est donc Inva Mula qui a assuré la dernière. Le Châtelet aura réussi un sans faute, ayant annoncé pour toutes les représentations une autre chanteuse que celle qui aura finalement chanté le jour dit. Brossmann a tenu à prendre la parole avant le début de la représentation pour saluer Inva Mula qui chantait Antonia à Orange hier soir encore, et, je cite, "son vrai professionalisme qui contraste avec l'amateurisme de certaines Diva". Tonnerre d'applaudissements du public…

J'ai trouvé la production très agréable. Les décors d'Ezio Frigerio débordent de classe et de la petite pointe de raffinement décadent qui sied si bien au propos de la Rondine et à la musique du Maestro de Torre del Lago. Nicolas Joël offre beaucoup de choses à voir, beaucoup de vie et de mouvement, pour une mise en scène agréable et rafraîchissante. La direction musicale de Marco Armiliato est elle aussi bouillonnante et bien en place, et l'orchestre du Capitole, félicité par Brossmann au début pour la difficile alternance Cherubini-Puccini, à son niveau (habituel) de (grande) qualité.

Inva Mula a été accueillie par de multiples ovations, qui ont commencé dès le "Sogno di Doretta"... et ce n'était sûrement pas qu'en contre-réaction à la défection de Gheorghiu. La voix est superbe, conduite avec des phrasés d'une délicatesse rare, et les pianissimi ou sons filés pleuvent tout le long de la partition; si la voix est d'une taille relativement mesurée pour le rôle, elle franchit sans encombre la barrière de l'orchestre quand nécessaire. L'actrice est belle en scène, et, surtout, la chanteuse est très emouvante. Mula était très émue par ailleurs elle-même de son triomphe au rideau final.

Autre bonne surprise, le Ruggero de Giuseppe Filianoti dont je ne comprends pas qu'il ne fasse pas plus fantasmer... Parce qu'enfin voila un ténor italien haut d'une émission claire et sans scorie, sonore, avec un aigu étincelant et un vrai grave, élégant de surcroît et dans son chant et sur scène! Le duo du III avec Mula était tout simplement électrique! Une vedette en puissance, ce Filianoti, dont je vais désormais guetter les apparitions, parce que ténor pareil on n'en entend pas tous les jours. Annamaria dell'Oste est délicieuse en Lisette, et bien plus à sa place qu'en Glauce, Marius Brenciu est une autre belle surprise en Prunier, clair et élégant lui aussi, très vivant et sympathique de surcroît en scène, et Alberto Rinaldi assure son Rambaldo.

Une matinée épatante, et une des représentations les plus homogènes de la saison parisienne.

Encore un mot sur la Rondine que je n'avais pas vue depuis 15 ans, et pas entendue au disque depuis au moins 5 ans... et bien je vais ressortir mes CD! J'ai trouvé l'oeuvre étincelante, vivante, émouvante et en rien mineure. Sans parler du soulagement après ces dernières semaines partagées entre le goulag, les règlements de comptes chez les Atrides, les asiles psychiatriques ou les tréfonds de la passion de Tristan, de retrouver une comédie, certes amère, mais une comédie quand même, vivante et enjouée... et bien sûr la pâte orchestrale chaleureuse et caressante du grand Giacomo.

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:29

Mise en scène simple de Yannis Kokkos, dans des décors et costumes élégants, très esthétiques, et bel écrin pour laisser le drame éclater et les chanteurs briller. Un décor et une mise en scène cohérents avec le drame, élégants de surcroît, c'est devenu une rareté : l'imagination en est quand même cruellement absente…

Evelino Pido m'a un peu fait peur lors de l'ouverture, manquant vraiment de majesté et de rigueur rythmique, mais il s'est bien rattrapé par la suite, offrant un orchestre luxuriant de couleurs, beaucoup de vie, et un début de troisième acte beethovenien, les musiciens du Capitole confirmant par ailleurs leur réputation qui n'est plus à faire.

Malgré les désistements le plateau vocal reste très honorable. Anna Maria dell'Oste me fait nécessairement regretter Ciofi: ce timbre de soubrette se prête peu à une princesse royale, néo-classique de surcroît, mais la chanteuse est, au delà de ce timbre ingrat, intègre et musicienne. Le Giasone de Giuseppe Gipali est fort séduisant: la voix manque cruellement de volume, surtout face à Medea, mais le chanteur est élégant, solide, et la voix est belle. Je n'en dirai pas autant de Giuseppe Giuseppini, engorgé et en manque permanent de la moitié de la noblesse exigée par le rôle, et qui fait regretter mille fois d'Arcangelo pourtant annoncé. Sara Mingardo en Neris, c'est la merveille d'un timbre sublime et d'une vivaldienne d'exception, qui fait de son solo un pianto un moment de magie pure, à pleurer, d'autant plus que Pido alanguit l'orchestre pour en faire un quasi-lamento à couper le souffle.

Et puis Anna-Caterina Antonacci... eterni dei, qu'elle est belle! Dès qu'elle rentre en scène elle fait oublier tous les autres par son charisme scénique, la beauté de la voix, la profondeur des accents. Vocalement, le premier acte la prend un peu à froid, et après un De tuoi figli la madre relativement retenu, le redoutable Nemici senza cor final la verra parfois en légère difficulté sur les aigus en force, mais pourtant déjà impressionnante et simplement irrésistible. Son second acte est magistral, détaché du modèle callassien, mais bouleversant. La déclamation classique, l'émotion de la coloration des piani et de ce legato fier et pur, ces déclamations théâtrales en diable, la beauté d'un chant sans fard mais non sans coloration, et cette voix large et sans ombre... La pureté de l'émission et de l'expression l'amène à mon sens, pour cet acte, au niveau de Callas par un chemin différent mais non moins efficace. Le troisième acte la verra encore imposer ce personnage définitivement classique et somptueusement musical sans que le théatre ne cède en rien.
Mais quelle artiste, cette Antonacci, quelle artiste... vraiment, on ne voit et on n'entend pas cela tous les jours sur une scène d’opéra!

 

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:19


Le spectacle est toujours aussi laid en soi, rien à y faire... Le concept de Lev Dodin est assurément séduisant intellectuellement (raconter l'histoire à travers la folie d'Hermann), admirablement pensé, mais se prend les pieds dans le fait que cet ouvrage est le sommet du romantisme russe: privé de sa dimension poétique, fantastique et dramatique, tout tombe à l'eau et semble en contradiction permanente avec la musique, en plus du livret. La laideur du tout n'arrange rien. Et puis Dodin, non content de violer le style de l'oeuvre et son déroulement dramatique, viole jusqu'à la partition, fait quand même suffisamment rare pour être noté en ces temps où plus rien pourtant nous étonne dans les mises en scène. La Dame de Pique n'est plus en trois actes mais en deux parties, avec entracte en plein milieu du second acte, des répliques d'un rôle sont confiées à un autre rôle (la comtesse chante une partie de l'air de Tomski ou encore Lisa récite la lecture de la lettre pendant l'air d'Hermann) histoire de coller au concept du metteur en scène... bref, du viol au troisième degré, là où nous protestons quand même déjà souvent aux viols de premier degré.


La première saison de cette production reste comme un des sommets musicaux de l'ère Gall: en 1999, Jurovski dirigeait tout feu tout flamme rien moins que Galouzine à son sommet, Mattila, Keenlyside, Zaremba, Dernesch et Gerello. Autant dire que la distribution de 2005 n'offre plus les mêmes séductions: elle n'en reste pas moins très bonne. Vladimir Galouzine est certes moins assuré vocalement mais reste encore un Hermann majeur, absolument irrésistible d'intensité vocale, et le rôle lui colle à la peau aussi bien vocalement que dramatiquement: longues ovations bien méritées au rideau final. Ovations également pour Hasmik Papian, bien moins méritées, mais le public aime ses voix torrentielles… C'est indéniablement de qualité, mais il manque à la fois la sensibilité, l'émotivité et la fragilité de Lisa: les nuances sont absentes, le vibrato très présent, et la voix est peu gracieuse... bref, du fortissimo impactant certes, mais à mille lieues de Lisa, aussi bien vocalement que psychologiquement. Pour ses débuts en Eletsky, Ludovic Tezier déploie sa belle voix colorée et mordante avec grâce et musicalité: c'est excellent, mais pas pour autant fascinant non plus (ce qu'avait été à mon sens son Wolfram). Irina Bogatcheva a de beaux restes en Comtesse... ce qui n'est pas le cas de Nikolai Putilin en Tomski, qui m'a semblé ce soir usé jusqu'à la corde, particulièrement dans l'aigu tiré et blanc en constant combat avec la justesse (d'ailleurs il rate carrément le premier aigu de sa ballade du I).

L'orchestre de l'ONP continue à déployer les magnifiques sonorités auxquelles il nous habitue depuis le début de la saison, sous la baguette très musicale et fine de Gennadi Rozhdestvensky: les détails orchestraux sont magnifiques, en coup de griffe ici, en fine coloration là, et les atmosphères admirablement rendues. C'est superbe, et finalement très convaincant dramatiquement, malgré le choix de tempi assez lents. Les huées relativement sonores qui ont accueilli son arrivée sur scène lors des saluts finals me semblent relativement incompréhensibles, d'autant plus qu'il avait été longuement ovationné au début de la seconde partie. L'aurait-on confondu au rideau final avec le metteur en scène?

 

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:14

Belle production.

Magnifiques décors, parfaitement en phase avec les couleurs de Janacek et l'aspect allégorique de l'oeuvre, et très belle mise en scène de Gruber, au léger bémol près d'un troisième acte où le statisme de la direction d'acteurs n'aide pas lors du récit de Chichkov, moment de l'oeuvre déjà extrêmement statique en soi. Tout le second acte et son 'théâtre' est par contre délicieusement animé.

La réalisation musicale est également somptueuse, Marc Albrecht faisant surgir tous les magnifiques couleurs et rythmes de la partition avec élégance et énergie. Le plateau vocal est très homogène, et l'appartition de José Van Dam, même dans un rôle très court, fait naturellement toujours plaisir.

Une belle soirée et une belle réussite, à mille lieues de la grisaille de la Clemenza hier.

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:10
Décevant.

D'abord une mise en scène ridicule à plus d'un moment avec quelques moments délectables au second degré (la statue qui brûle au final du I, la jolie barque de Servilia, le faux serpent métallique dans lequel Tito tape rageusement, les cendres de pacotilles qui tombent du plafond... et la direction d'acteurs - pauvre Prégardien, avec ces gestes caricaturaux pendant se all'impero, bombant le torse, pointant le trône du doigt, perdant une partie du costume...). Franchement, à certains moments ma place 'sans visibilité' en avait encore bien trop pour moi.

Et puis Cambreling: lourdingue, sans grâce, lent, sans vie, sans nuance. Quand Vitellia reprend Non piu di fiori pianissimo, le cor de basset continue forte bien calmement, comme si de rien n'était... Est-il encore possible de diriger Mozart comme cela en 2005? On se serait cru dans un théâtre allemand de seconde zone des années 50. Quand on pense que c'est Cambreling qui est intronisé mozartien-en-chef la saison prochaine pour Nozze et Don Giovanni, ça promet...

Heureusement les chanteurs sont là pour nous faire un peu oublier la médiocrité qui sévit sur la scène et dans la fosse. Graham est superbe en Sesto, même si la voix est un peu plus dure qu'auparavant et si le tout manque d'un poil de magnétisme. Prégardien est simplement magnifique de voix, d'élégance et de style... dommage pour lui que son Se all'impero, mal parti en voix dès le début et terminé par un couac, soit son seul moment de faiblesse passagère. Vu ce que le metteur en scène lui a demandé à ce moment là, il sera tout excusé : on resterait sans voix et déconcentré pour bien moins ; même un Simoneau y aurait perdu sans doute toute poésie. Naglestad souffre dans sa scène d'entrée (les vocalises sont copieusement savonnées), mais se rattrape dans un beau Non piu di fiori. De tout de façon, on devine que ce n'est pas là son répertoire: voix puissante et dramatique, elle s'affirmera mieux ailleurs je pense. Roland Bracht c'est peut-être du luxe en Publio, mais bien inutile: la présence scénique et le volume vocal ne font pas oublier que tout ça sent la fatigue et le chant mal dégrossi. L'Annio de Hannah Ester Minutillio est par contre très présent, et la Servilia de Ekaterina Siurina est simplement délicieuse à tous égards.

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:04

De retour de la première. Une bien belle soirée, accueillie très chaleureusement par le public. La mise en scène de Mussbach est toujours aussi efficace et belle, bénéficiant en plus d'un trio de chanteurs comédiens dans l'âme.

Bonney, qui avait été sublime lors de la première série de représentations, a perdu de la clarté, de la facilité et de la splendeur dans l'aigu devenu un peu raide, particulièrement dans le duo du I. Pourtant, la voix reste superbe, et arrache les larmes au III (les miennes en tout cas). Hampson est naturellement superbe vocalement, quoique parfois sans la plénitude de timbre et d'émission des grands Mandryka dans les passages plus couverts par l'orchestre. La composition scénique est par contre extraordinaire de vérité et de vie. Mattila est vocalement parfaite, actrice en diable, et à tout l'esprit qui sied à Arabella. Quelle voix, mais quelle voix! Bonne famille Waldner (Rosalind Plowright en bonus), trois prétendants de comtes d'une bonne qualité (même si on a perdu Wottrich, Elemer de la première saison), Milli convenable.

Il a été annoncé que Dohnanyi malade avait du rentrer à Hambourg. Gunther Neuhold a rejoint donc in extremis la production, se partageant entre les répétitions de Lulu à l'opéra du Rhin et les représentations d'Arabella au Châtelet. Direction très naturelle et sans emphase, très vivante, sans les raffinements que l'on pouvait attendre du Philarmonia Orchestra : étant donné les incertitudes ayant pesé sur les répétitions et l'arrivée d'un chef de dernière minute, on ne saurait leur en vouloir.

Pas tout à fait le miracle de la série précédente sous la baguette de Dohnanyi, mais une soirée d’une grande qualité.

 

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 19:00

A revoir la mise en scène de Zambello, je l'ai plutôt trouvée efficace et sobre, et pour tout dire assez réussie, grâce en soit rendue principalement au décor. L'acte polonais façon Mortier, plongé dans l'obscurité et le dépouillement m'a semblé tout à fait réussi également.

Au niveau vocal, c'est une honnête routine: je suis surpris de la distribution de Vaneev en Pimène, déjà court dans les graves pour Boris, et qui aurait à mon sens avantageusement remplacé en Rangoni Ognovenko, bien dépassé par ce rôle de baryton insinuant. Ognovenko qui était bien plus à place précédemment en truculent Varlaam. Le récit de Pimène présentait ce soir une curiosité pour discophiles, puisqu'il voyait la confrontation du Boris de Gergiev en Pimène avec le Pimène d'Abbado en Boris.

Marina fonctionnelle et puissante dont le seul vrai défaut est le souvenir inoubliable de Borodina dans ce même rôle il n'y a pas si longtemps, Dimitri court d'aigu mais honorable, Chouiski usé mais convaincant, et un bien bel Innocent. Gaëlle Le Roi était un Fiodor juvénil et plaisant, et il est toujours plaisant de voir une Irina Bogatcheva continuer à arpenter les scènes dans un second rôle.

Reste Ramey. Le temps a passé sur la voix, et le vibrato devient plus présent. C'est néanmoins du bien beau chant, mais le charisme du chanteur dans ce rôle là ne convainc quand même pas tout à fait autant que celui de l'acteur. Question de timbre peut-être, pour un rôle ou Reizen, Christoff ou Ghiaurov nous ont habitué à plus de couleur.

Pour finir, j'ai apprécié la direction d'Alexander Vedernikov, retenue, âpre et analytique, rendant à merveille les couleurs très particulières et sauvages de l'orchestration moussorgskienne. Néanmoins le tout manquait peut-être un peu d'énergie et de flamme, et je ne disconviendrai pas que la Polonaise était bien peu dansante, voire un brin pachydermique. Cela dit, l'équilibre voix - plateau était toujours respecté et l'orchestre était d'une rare finesse.

 

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Dimanche 14 janvier 2007 7 14 /01 /Jan /2007 18:57

Dernière de Tristan ce soir...

Meier et Heppner zum letzen Mal, je n'ai même pas envie de faire une critique si ce n'est de dire une dernière fois à quel point ce spectacle était une merveille, vocale, orchestrale, scenique et esthétique. Les artistes, chapeau bas!

Si ce n'est qu'un au revoir pour le travail de la paire Viola&Sallers, le trio Gasteen-Forbis-Gergiev s'attaque à une sacrée montagne la saison prochaine pour tenter de nous faire oublier ce qui restera comme une série de représentations wagnériennes simplement miraculeuses.

J'ai subi lors de ce spectacle le même phénomène décrié par certains, l'intoxication par les images à la première représentation qui empêche de voir le reste... Un des miracles à mes yeux de ce spectacle est la multiplicité des événements, mais il faut pour cela détacher les yeux de l'écran, et n'y revenir que de temps en temps, pour s’imprégner à nouveau des images et de l’onirisme qu’elles dégagent.

Naviguer entre l'apparition de Brangäne lors de des appels dans la salle et ces images de lune, entre le jeu des acteurs à la fin du II et ce lever de soleil ou ce sentier sous les feuilles, se laisser perdre à la confusion de la lumière et de la spatialisation sonore (et thétrale : Marke !) de la fin du I... Le spectacle multiplie les niveaux d'évocation: musical avec les chanteurs, théâtral avec les gestes éloquents et précisément réglés par Sellars, visuel avec les images de Viola tant évocatrices de sentiments divers. La force de cette production est de nous saturer, dans son sens le plus positif, d'émotions de différentes sortes, pour nous laisser bouleversés à la fin.

Les images de Viola sont là pour solliciter notre imaginaire, pas pour être prise comme un film des événements, ou bien une illustration concrète. C'est une invitation au rêve et au voyage, dans laquelle il faut savoir piocher avec parcimonie.

En tout cas, foi de wagnérien, si ce n'est pas là une illustration parfaite, mise à jour des progrès techniques que permettent la vidéo, du Gesamtkunstwerk wagnérien, je ne sais pas ce qu'il faut aux détracteurs de ce spectacle!

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2004-2005 - Communauté : Musique Classique
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