Ma conviction est que ce spectacle est en tout point inférieur à celui présenté au TCE l’automne
dernier, à l'exception peut-être du Seneca de Lloyd qui ne fait pas pour autant oublier l’annulation de l’iimmense Kurt Moll initialement prévu.
J’ai trouvé la mise en scène de David Alden kitschissime dans ses décors, et ridicule dans ses
jeux d'acteurs comiques (les tintineries à yoyo pendant la mort de Seneca...). On aurait dit un mauvais telefilm allemand des années 70 à tendance psychédélique. Je trouve que McVicar avait plus
de style, de classe et d'idées, et faisait mieux ressortir et la grandeur de l'histoire et la modernité du livret (le mélange baroque vs contemporain était à mon sens superbement
mené).
Sinon, une fois enlevés la belle voix encore vaillante de Lloyd, et la présence de Visse, ne reste plus vraiment qu'Antonacci que j'ai trouvée plus intéressante en Nerone
au TCE, même si elle reste une Poppea des plus sensuelles et intéressantes (mais elle n'est pas aidée par la mise en scène, ni par les costumes...). Bacelli et Persson font l'affaire assurément,
mais de là à délirer... Quant à Dumaux, c'est très bien mais Zazzo était extraordinaire au TCE. Quant au sieur Jacek, j'ai trouvé la situation moins catastrophique que j'en avais peur suite aux
différents avis émis ci et là: drôle de chanteur tout de même! Cela manque et de charme et de charisme, sans parler d'une musicalité tout sauf transcendante, ce qui est fortement gênant pour tel
rôle Le couple formé avec Antonacci est complètement déséquilibré : on devine qui va porter la culotte dans ce couple là et ce n’est pas Néron... Bref le tandem Antonacci - Ciofi me semblait
bien plus érotique, sensuel et poétique, et surtout plus crédible.
Quant à Bolton, j'ai trouvé cela bien sec et sans couleur; son Cosi Fan Tutte à Munich l'année dernière m'était apparu beaucoup plus passionnant.
En conclusion, une soirée d'opéra correcte, que j'ai regardé sans mécontentement excessif, ni débordement de contentement, et qui disparaîtra vite de ma mémoire je
pense.
Par Friedmund
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Miracle orchestral ce soir!
A part dans le monologue du III, Gergiev n'a globalement jamais couvert les chanteurs. Par
contre, plus la soirée a avancée plus il a tapé fort, surtout au IV après la mort de Désdémone (et un tutti vraiment outrancier, et psychologiquement bien faux, au III, avant a terra, si nel
livido). Ces excès mis à part, j'ai trouvé la direction de Gergiev vraiment très personnelle et très souvent fascinante. Symphonique, lent, lyrique, il réinvente complètement certains
passages: les cordes qui pleurent magnifiquement, toutes en lenteur, avant d'un uom que geme, le concertato du III traité comme un lamento, cet ora e per sempre complètement
réinventé après une introduction lentissime et superbe, où bien encore l'alchimie
sonore incroyable de sensualité du duo d'amour etc. L'intérêt est presque constamment soutenu de façon passionnante et avec beaucoup de richesse musicale.
En ce qui concerne la distribution, Alvarez est le plus convaincant, indubitablement parfait vocalement, mais manque un peu de charisme quand même (ce n'est pas la mise en
scène qui lui en procurera, certes). Isokoski a battu les records ce soir à l'applaudimètre, et ce n'est que justice: ce fut la seule vraiment émouvante, et la voix est magnifique, même si l'on
sent quand même que ce n'est pas son emploi naturel (et son italien est peu idiomatique, ce que je n'avais pas remarqué dans ses Mozart).
Quant à Galouzine, j'ose espérer que c'était un mauvais soir: aigu instable dès son entrée et les premières phrases duo d'amour, aphone et détimbré dès le milieu du III,
peu de respect de la phrase musicale (je tremble encore de la mini-vocalise franchement savonnée sur eburnea mano), et des fautes de goûts et accidents à ne plus en finir (pour compenser
le reste sans doute). Quelques huées au rideau final parmi des applaudissements polis en comparaison des autres chanteurs. Un brin de déception, c'était bien mieux la saison dernière ; j'espère
que c'était une méforme passagère, juste pour me faire démentir tout le bien que dis habituellement de ce ténor en général et de son Otello en particulier.
Pour finir, la mise en scène de Serban
m’est apparue encore plus laide et grotesque que dans mon souvenir...
Par Friedmund
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De retour de la première... avec une pointe de déception au niveau vocal par rapport au souvenir
de 2001.
Pour commencer, Bo Skhovus est une vraie déception en André: la voix n'a rien d'exceptionnelle pour le rôle, et surtout, l'acteur est en permanence agité avec de grands
gestes nerveux exagérés, ce qui me semble contraire à la noblesse retenue du personnage... et finit par être extrêmement pénible - il a d'ailleurs été accueilli par quelques huées au salut final;
Nathan Gunn, de moindre renom peut-être, m'avait fait toute autre impression. Idem pour Pierre, chanté avec délicatesse par un ténor dont le nom m'échappe: Robert Brubaker était étonnant de force
et de caractère en 2001, avec sa voix lyrique et solide (le reverra t'on bientôt?). Ognovenko a une voix superbe, mais une expression un peu molle (alors que son Khovanski était franchement
musclé); Kotscherga me laisse le souvenir d'avoir été autrement charismatique et musical.
Parmi les chanteurs faisant partie de la distribution d'orignie, Guryakova me semble avoir perdu un peu de sa fraîcheur vocale, mais reste valeureuse et sensible. Rien à
redire par contre de la Bezukhova de Zaremba et du Napoleon de Gerello, tous deux superbes.
Quant à Jurovski, je l'ai trouvé moins électrique que dans ses Dame de Pique, souvent hâtif, incontestablement plus à l'aise dans la Guerre que dans la Paix: honnête, de
qualité, mais rien de bien transcendant dans une partition orchestrale pourtant souvent somptueuse.
La production est toujours aussi belle, vivante et élégante, à la fois spectaculaire et bien pensée pour chaque personnage. C'est une des grandes réussites de Zambello, et
peut-être au bout du compte le meilleur spectacle de l'ère Gall.
Et puis Guerre et Paix est un si bel opéra, et si rare, que c'est un plaisir à consommer sans modération !
Par Friedmund
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Pour ce qui est de Sellars, parler de Wieland Wagner me semble en effet très approprié.
L'économie dans le jeu des acteurs n'exclut ni l'éloquence théatrale ni des moments simplement poignants (le début du I, toute la fin du II surtout, le début du III), et là ou Wieland illustrait
cette économie par les jeux de lumière, bien sûr Viola le fait grâce à la vidéo, proprement hypnotique et profondément émouvante.
La combinaison de la direction d’acteurs de Sellars et des images de Viola donne naissance à une mise en scène d'une beauté à couper le souffle, aux résonances émotives
profondes, sans jamais trahir ni la musique ni le livret, avec quelques idées très fortes et impactantes. Wagner, à la recherche de son oeuvre d'art totale, devait sûrement applaudir de là-haut.
La raison des huées bien sonores et présentes au moment des applaudissements restera pour moi un mystère à la vue des conneries applaudies ces dernières années, et surtout parce que je ne vois
pas bien ce que l'on pouvait huer, quand onirisme, beauté, originalité et fidélité se conjuguent dans un spectacle unique et profondément étreignant.
Un bonheur ne venant pas seul, Meier et Heppner étaient simplement le plus beau couple imaginable aujourd'hui (on attend Mme Stemme ailleurs que Glynderbourne quand même
avant de juger) : elle frémissante, féminine, à la puissance intacte, lui étonnamment solide, certes, mais aussi lyrique et poétique (même si les déchirements lui sont par nature un peu
étrangers). Selig était simplement à pleurer de noblesse et d'émotion, et Naef d'une force et d'une éloquence étonnante. Quant à Salonen, sa direction est personnelle, sans effet, pathos ni
rubato, sèche aux cordes mais onctueuse aux vents, pour une lecture d'une richesse de sonorités et d'énergie impressionnante.
Je cherche dans ma mémoire les représentations d'opéra qui m'auraient tant transportées de la première à la dernière mesure. Je suis, contrairement à Meier, aphone d'enthousiasme, et ai hâte d'y retourner le 24.
Par Friedmund
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Encore un bien beau Tristan aujourd'hui...
J'ai trouvé que Meier a fait un premier acte et un début de second acte absolument anthologique (et particulièrement tout le récit de Tantris): tout lui a réussi, le ton,
les gestes, un aigu fulgurant... qui étrangement a commencé à devenir beaucoup plus fragile le temps du duo et de la Liebestod, ce qui n'était pas le cas lors de la première (mais là, elle ne
nous avait pas fait pareil premier acte). Mais si les années passent sur la voix de Meier, elle reste la plus grande chanteuse wagnérienne des 20 dernières années, cela s'entend, et une actrice
extraordinaire, cela se voit.
J'ai trouvé Heppner plus en forme encore que pour la première, solide de bout en bout, fascinant de puissance au I et de lyrisme et de poésie au II. Son III reste toujours
problématique: incroyablement chanté de bout en bout (quoique là aussi une pointe de fatigue à la fin), mais peu brûlant pour cette agonie assez froide, pour laquelle il faut un tragédien de la
dimension des Vinay, Windgassen ou Vickers. Cela dit, c'est bel et bien le seul Tristan depuis le dernier nommé... et que la voix est belle!
Selig et Naef sont toujours aussi excellents, même si en rien 'mythiques' comme peuvent l'être Meier et Heppner, et le marin/pâtre de Toby Spence un pur régal. Salonen,
toujours surprenant, d'une belle qualité, mais équilibrant vraiment mal le volume plateau/orchestre: on sent qu'il n'est pas vraiment un chef d'opéra... mais c'est aussi là tout son apport dans
cette lecture 'objective', sans pathos mais aux riches couleurs.
Ces réserves émises par rapport à un idéal n'empêchent en rien de penser que plus beau Tristan und Isolde musicalement est difficilement envisageable aujourd'hui, et pour
tout dire ces représentations ont quand même un parfum marqué d'un "avant 1970" !
En seconde vision, la mise en scène apparat plus clairement, les images étant moins immédiatement hypnotiques et objet d'attention excessive. Ceux qui n'ont vu que 'mise en
espace' ou 'version de concert' étaient peut-être obnubilés par les images (je me rends compte ce soir à quel point je m'étais fait prendre au piège la première fois): les regards, les gestes,
les attitudes des protagonistes illuminent tout le premier acte et la fin du second acte, loin des stéréotypes habituels. A chaque moment, chaque personnage adopte une attitude marquée
commentaire de l'action. Une des plus émouvantes pour moi étant le regard perdu d'Isolde à l'opposé de Marke et Tristan au II, comme pour les laisser ensemble discuter de ce dont elle n'est
qu'objet et non pas sujet: leur propre relation.
Vraiment, un paradis musical wagnérien retrouvé, une production d'une beauté fulgurante, un spectacle de rêve qui me retourne 3 heures encore après. Madame Meier, Messieurs
Mortier, Sellars, Viola, Salonen, Heppner... encore merci!
Par Friedmund
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Dernière de Tristan ce soir...
Meier et Heppner zum letzen Mal, je n'ai même pas envie de faire une critique si ce n'est de dire une dernière fois à quel point ce spectacle était une merveille, vocale,
orchestrale, scenique et esthétique. Les artistes, chapeau bas!
Si ce n'est qu'un au revoir pour le travail de la paire Viola&Sallers, le trio Gasteen-Forbis-Gergiev s'attaque à une sacrée montagne la saison prochaine pour tenter de
nous faire oublier ce qui restera comme une série de représentations wagnériennes simplement miraculeuses.
J'ai subi lors de ce spectacle le même phénomène décrié par certains, l'intoxication par les
images à la première représentation qui empêche de voir le reste... Un des miracles à mes yeux de ce spectacle est la multiplicité des événements, mais il faut pour cela détacher les yeux de
l'écran, et n'y revenir que de temps en temps, pour s’imprégner à nouveau des images et de l’onirisme qu’elles dégagent.
Naviguer entre l'apparition de Brangäne lors de des appels dans la salle et ces images de lune, entre le jeu des acteurs à la fin du II et ce lever de soleil ou ce sentier
sous les feuilles, se laisser perdre à la confusion de la lumière et de la spatialisation sonore (et thétrale : Marke !) de la fin du I... Le spectacle multiplie les niveaux
d'évocation: musical avec les chanteurs, théâtral avec les gestes éloquents et précisément réglés par Sellars, visuel avec les images de Viola tant évocatrices de sentiments divers. La force de
cette production est de nous saturer, dans son sens le plus positif, d'émotions de différentes sortes, pour nous laisser bouleversés à la fin.
Les images de Viola sont là pour solliciter notre imaginaire, pas pour être prise comme un film des événements, ou bien une illustration concrète. C'est une invitation au
rêve et au voyage, dans laquelle il faut savoir piocher avec parcimonie.
En tout cas, foi de wagnérien, si ce n'est pas là une illustration parfaite, mise à jour des progrès techniques que permettent la vidéo, du Gesamtkunstwerk wagnérien, je ne
sais pas ce qu'il faut aux détracteurs de ce spectacle!
Par Friedmund
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A revoir la mise en scène de Zambello, je l'ai plutôt trouvée efficace et sobre, et pour tout
dire assez réussie, grâce en soit rendue principalement au décor. L'acte polonais façon Mortier, plongé dans l'obscurité et le dépouillement m'a semblé tout à fait réussi également.
Au niveau vocal, c'est une honnête routine: je suis surpris de la distribution de Vaneev en Pimène, déjà court dans les graves pour Boris, et qui aurait à mon sens
avantageusement remplacé en Rangoni Ognovenko, bien dépassé par ce rôle de baryton insinuant. Ognovenko qui était bien plus à place précédemment en truculent Varlaam. Le récit de Pimène
présentait ce soir une curiosité pour discophiles, puisqu'il voyait la confrontation du Boris de Gergiev en Pimène avec le Pimène d'Abbado en Boris.
Marina fonctionnelle et puissante dont le seul vrai défaut est le souvenir inoubliable de Borodina dans ce même rôle il n'y a pas si longtemps, Dimitri court d'aigu mais
honorable, Chouiski usé mais convaincant, et un bien bel Innocent. Gaëlle Le Roi était un Fiodor juvénil et plaisant, et il est toujours plaisant de voir une Irina Bogatcheva continuer à arpenter
les scènes dans un second rôle.
Reste Ramey. Le temps a passé sur la voix, et le vibrato devient plus présent. C'est néanmoins du bien beau chant, mais le charisme du chanteur dans ce rôle là ne convainc
quand même pas tout à fait autant que celui de l'acteur. Question de timbre peut-être, pour un rôle ou Reizen, Christoff ou Ghiaurov nous ont habitué à plus de couleur.
Pour finir, j'ai apprécié la direction d'Alexander Vedernikov, retenue, âpre et analytique, rendant à merveille les couleurs très particulières et sauvages de
l'orchestration moussorgskienne. Néanmoins le tout manquait peut-être un peu d'énergie et de flamme, et je ne disconviendrai pas que la Polonaise était bien peu dansante, voire un brin
pachydermique. Cela dit, l'équilibre voix - plateau était toujours respecté et l'orchestre était d'une rare finesse.
Par Friedmund
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De retour de la première. Une bien belle soirée, accueillie très chaleureusement par le public.
La mise en scène de Mussbach est toujours aussi efficace et belle, bénéficiant en plus d'un trio de chanteurs comédiens dans l'âme.
Bonney, qui avait été sublime lors de la première série de représentations, a perdu de la clarté, de la facilité et de la splendeur dans l'aigu devenu un peu raide,
particulièrement dans le duo du I. Pourtant, la voix reste superbe, et arrache les larmes au III (les miennes en tout cas). Hampson est naturellement superbe vocalement, quoique parfois sans la
plénitude de timbre et d'émission des grands Mandryka dans les passages plus couverts par l'orchestre. La composition scénique est par contre extraordinaire de vérité et de vie. Mattila est
vocalement parfaite, actrice en diable, et à tout l'esprit qui sied à Arabella. Quelle voix, mais quelle voix! Bonne famille Waldner (Rosalind Plowright en bonus), trois prétendants de comtes
d'une bonne qualité (même si on a perdu Wottrich, Elemer de la première saison), Milli convenable.
Il a été annoncé que Dohnanyi malade avait du rentrer à Hambourg. Gunther Neuhold a rejoint donc in extremis la production, se partageant entre les répétitions de Lulu à
l'opéra du Rhin et les représentations d'Arabella au Châtelet. Direction très naturelle et sans emphase, très vivante, sans les raffinements que l'on pouvait attendre du Philarmonia
Orchestra : étant donné les incertitudes ayant pesé sur les répétitions et l'arrivée d'un chef de dernière minute, on ne saurait leur en vouloir.
Pas tout à fait le miracle de la série précédente sous la baguette de Dohnanyi, mais une soirée d’une grande qualité.
Par Friedmund
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Belle production.
Magnifiques décors, parfaitement en phase avec les couleurs de Janacek et l'aspect allégorique de l'oeuvre, et très belle mise en scène de Gruber, au léger bémol près d'un
troisième acte où le statisme de la direction d'acteurs n'aide pas lors du récit de Chichkov, moment de l'oeuvre déjà extrêmement statique en soi. Tout le second acte et son 'théâtre' est par
contre délicieusement animé.
La réalisation musicale est également somptueuse, Marc Albrecht faisant surgir tous les magnifiques couleurs et rythmes de la partition avec élégance et énergie. Le plateau
vocal est très homogène, et l'appartition de José Van Dam, même dans un rôle très court, fait naturellement toujours plaisir.
Une belle soirée et une belle réussite, à mille lieues de la grisaille de la Clemenza hier.
Par Friedmund
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