Dimanche 7 janvier 2007
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18:33
Programme:
Berlioz, Damnation de Faust : Marche
hongroise
Gounod, Faust: Air des bijoux
Massenet, Le Cid: Pleurez mes yeux
Berlioz, Béatrice et Bénédict: Ouverture
Massenet, Manon: Adieu notre petite table
Bizet, Carmen: Habanera
Mascagni, Le Maschere: Ouverture
Puccini, La Rondine: Il bel sogno di Doretta
Puccini, Manon Lescaut: In quelle trime morbide
Verdi, I Vespri Siciliani: Ouverture
Verdi, La Forza del destino: Pace, pace mio Dio!
Puccini, Madama Butterfly: Un bel di vedremo
En bis:
- Non ti scordar di me
- Granada
- Musica
- O mio babbino caro (au piano)
Orchestre de Bretagne, direction Eugène Kohn
Premier récital parisien d'Angela Gheorghiu, très attendu et dans une salle comble. Pour les
demoiselles friandes de ce genre de détails, robe très colorée à dominante jaune vif en première partie, robe bleu marine à pois blanc façon Givenchy la mettant superbement en valeur en seconde
partie.
Son programme commence par un Air des bijoux un peu à froid mais qui déploie tout de suite l'étoffe
somptueuse du timbre, et un trille vraiment magnifique. La vraie surprise vient de l'air de Chimène qui suit, chanté d'une voix pleine et dense, avec une intensité du phrasé absolument
remarquable; l'émotion est palpable chez l'artiste comme dans le public qui se retient de longues secondes avant d'applaudir. L'air de Manon est très bien chanté, avec un haut sens de la nuance
tout à fait admirable, et surtout beaucoup de délicatesse, même s'il paraît un peu tiède, naturellement, après les émotions de Chimène. La Habanera sera beaucoup plus intéressante, premièrement
par un grave bien plus présent qu'au studio, mais surtout par la façon d'accentuer les rythmes de la ligne de chant avec mordant et incisivité, intéressant en permanence dans un air pourtant
rebattu à l'extrême.
Passée une ouverture de Mascagni bienvenue dans un récital où les chefs nous abreuvent usuellement des
pires tubes du répertoire, le temps est venu du répertoire italien. Le sogno di Doretta sera simplement somptueux: on ne sait quoi plus admirer de la beauté fabuleuse du timbre, du raffinement
des phrasés, de la féminité sensuelle à fleur de peau, ou bien de la mobilité permanente des nuances. Ces quelques minutes là justifieraient à elles seules le déplacement, tant cette soprano est
simplement là somptueuse de pure beauté vocale, dans l'émission comme dans la ligne: du très grand art. Un plaisir ne venant jamais seul, In quelle trime morbide vient confirmer les affinités
pucciniennes exceptionnelles d'Angela Gheorghiu, déployant des qualités similaires à l'air de Magda. Le meilleur de la soirée pourtant restait à venir pour une Leonora di Vargas stupéfiante. Son
Pace, pace mio Dio est bouleversant de beauté vocale, de plénitude du chant, distillant des merveilles de rondeur et de chaleur parmi les accents les plus touchants. Bien sûr la puissance de
l'exhortation finale n'est pas au rendez vous, rien de surprenant à cela pour un soprano foncièrement lyrique... mais après tant de beautés vocales il faudrait vraiment avoir un coeur arride pour
trop le souligner. L'accueil du public dépassa encore le moment d'émotion du Cid, applaudissant à tout rompre de très longues minutes après un silence initial des plus éloquents: le chef dut
forcer la main du numéro suivant d'un public qui ne voulait plus cesser d'applaudir. Après autant d'émotions, l'air de Cio-Cio-San paraîtra en retrait, quoique le chef en soit le principal
responsable, cessant ici de maîtriser un volume sonore qu'il avait globalement bien tenu jusque là avec mérite eu égard aux caractéristiques sonores de Pleyel qui surexpose l'orchestre au
détriment des voix. A noter tout de même la variété des expressions de cette Cio-Cio-San, féminine et imaginative dans ses phrasés et qui s'annonce, à quelques mois de sa prise de rôle je crois,
des plus prometteuses.
Les bis plus légers furent en retrait dans l'émotion et la qualité, le choix d'un répertoire léger
n'aidant pas. On retiendra l'aigu triomphal de Non ti scordar di me, le bonheur d'un Granada malheureusement trop couvert par un chef qui avait perdu définitivement sa retenue lors de l'air de
Butterfly, et le plaisir palpable qu'avait Gheorghiu à chanter le Musica de Grigoriu. Le concert s'est achevé après extinction des lumières, seul moyen de faire partir un public qui n'en avait
nullement l'intention, et après que le chef et la soprano aient improvisé un O mio babbino caro de haute volée, accompagné au piano, révélant tous les trésors d'une voix décidément de grand luxe
et d'une interpréte d'une sensibilité remarquable.
Pour dire quelques mots de l'orchestre et son chef, le niveau était plus qu'acceptable quand on sait
les horreurs que l'on peut entendre dans ce genre d'exercices. L'orcheste de Bretagne m'a paru plutôt homogène, et Eugène Kohn reste un maître attentif pour accompagner les chanteurs; il fut pour
rappel, un des accompagnateurs de prédilection de Maria Callas et de Placido Domingo, parmi tant d'autres. Sa battue et ses gestes étaient un spectacle en soi: j'ai rarement vu un chef aussi
explicite dans sa gestuelle, et attachant autant d'importance à diriger les pupitres successivement de façon aussi expressive; j'adorais entre autres son petit geste demandant à tel ou tel
instrument de plus le regarder (ce en quoi il avait fort à faire, les décalages étant nombreux).
Que retenir de ce premier récital, et en ce qui me concerne de cette première rencontre sur le vif
avec l'artiste? La beauté du timbre et de l'émission reste sans doute l'élément le plus stupéfiant, peut-être plus beau encore sur le vif qu'au disque. Ensuite, la relative puissance de la voix,
bien projetée, et tout à fait capable de maintenir en permanence en live la haute sophistication de ses phrasés. Enfin, l'émotivité de l'artiste, sa capacité à chanter avec le degré d'intensité
déployé hier dans "Pleurez mes yeux" ou "Pace, pace mio Dio", que le disque ne laisse pas entendre. Son implication se ressent dans chacun de ses gestes d'émotive vive que l'on sent dévorée par
le trac, cherchant à se donner une contenance que son émotivité à fleur de peau lui interdit. On nous présente une artiste froide et capricieuse, quelle surprise de découvrir une artiste
maîtrisant mal ses émotions, quasi maladroite et enfantine, semblant sincèrement embarassée du triomphe que lui faisait le public, bien loin de certaines simulatrices notoires des scènes
lyriques. Situé à l'avant de la rembarde latérale droite, mon fauteuil surplombait la scène, pile face à l'accès de la scène: touchantes scènes que de la voir se jeter après chaque air comme une
adolescente enthousiaste dans les bras d'Alagna qui l'attendait trois mètres plus loin derrière la porte en coulisses.
Vraiment une très belle soirée, d'une haute qualité constante et offrant même à plusieurs reprises des
instants simplement magiques, de ceux où l'on voudrait se pincer pour être sûr d'y croire. Madame, merci du fond du coeur, en espérant avoir le bonheur de vous réentendre à Paris le plus vite possible!
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