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Saison 2007-2008

Mercredi 5 septembre 2007 3 05 /09 /2007 02:58



Cela faisait longtemps que je n’avais eu le plaisir à Paris de participer à une série d’une demi-douzaine de rappels. Cette Damnation de Faust, en importation directe du Festival de Tanglewood, les méritait bien, son chef surtout. James Levine avait le mérite ce soir de disposer d’un orchestre rien moins que rutilant, aux pupitres fascinants : les cordes semblent pouvoir produire tous les effets possibles, avec des variations de dynamiques absolument étonnantes, les cuivres sont somptueux, les bois superlatifs de couleurs et d’intonations. Pourtant, la qualité des pupitres du Boston Symphony Orchestra ne fait pas tout et James Levine doit être crédité du principal bonheur de la soirée, une direction enthousiasmante, toujours très musicale et d’une très grande finesse, et aux assises rythmiques souvent étonnantes lorsque l’orchestre vient à s’emporter. Levine obtient de son orchestre des subtilités saisissantes, tel le fantastique écrin offert à son Méphistophélès lors de « Voici des roses », suivi par une danse des sylphes prodigieuse de délicatesse ; le menuet des feux follets lors de la partie suivante sera scintillant, avec des crescendi élégantissimes arrêtés nets et enchaînés à merveille dans un flux mélodique dessiné par un orfèvre. Le chef tire également des fulgurances saisissantes de ses pupitres de cordes, sans vulgarité ni excès, lors des évocations fugaces de Méphisto à l’orchestre, ici sur des pizzicati superbes, là sur des chants de contrebasses magnifiés par l’acoustique de Pleyel ou encore par l’étonnante mobilité et fluidité de ses instrumentistes ; les vagues de cordes lors de la course à l’abîme étaient exceptionnelles de variété dans les nuances sans jamais rien sacrifier à la tension. Les cent-vingt choristes du Festival de Tanglewood se sont révélés tout autant passionnant d’articulation musicale et verbale, et le renfort de la Maîtrise de Paris au moment du Pandémonium a débouché sur des dernières minutes d’une beauté à couper le souffle. Il a fallu quelques longues secondes à l’issue du concert pour que le public se décide à applaudir, ce qui reste somme toute le meilleur des hommages que l’auditoire pouvait rendre à l’orchestre, aux chœurs et au chef ;  les nombreux, et mérités, rappels faisant le reste.

Le plateau de solistes réunis était prestigieux mais n’a pas tout à fait rejoint le niveau d’excellence de l’orchestre et des chœurs. Marcello Giordani est un ténor exceptionnel : voix superbe, style toujours supérieur, aisance de l’aigu, et accessoirement répertoire aussi ardu qu’exceptionnel. Plutôt rare à Paris ces derniers temps, ce fut une joie de le retrouver. Son Faust sait être délicieusement lyrique, héroïque quand il le faut, et toujours d’une grande sensibilité ; le timbre reste superbe, l’émission facile, le français très acceptable à défaut d’être idiomatique. Le sort à voulu qu’un chat le perturbe dans la difficile montée vers l’ut dièse du début du duo d’amour. Non seulement cela nous priva d’entendre l’un des plus beaux suraigus du marché actuel des ténors, mais surtout cela lui fit perdre notablement de son assurance le temps d’un duo qui aurait du être son plus beau moment de gloire. Cela ne doit masquer en rien la qualité de ce chanteur et sa très belle prestation de ce soir, soignée et supérieure : il mit les bouchées double dans une invocation pénétrée, héroïque et vocalement facile, mais d’une remarquable concentration dans l’expressivité et les phrasés ; son « Merci doux crépuscule » avait précédemment était superbe de lyrisme et de douceur. C’est avec un égal plaisir que je retrouvais la si belle voix de l’excellente Yvonne Naef en Marguerite. La voix est ronde est chaude, puissante mais capable des plus belles nuances, l’étoffe vocale d’une grande beauté, et l’interprète d’une grande subtilité. Ses deux airs furent incontestablement les meilleurs moments strictement vocaux de la soirée. La différence de volume avec un Giordani incertain et précautionneux lors du duo a légèrement nuit toutefois à sa crédibilité ; ce couple est trop mal apparié, et peut-être cette Marguerite trop vocalement superlative pour camper la jeune fille en proie aux affres de ses émois amoureux. Je ne boude pas pourtant mon plaisir d’entendre voix si belle et si saine : et si Yvonne Naef était tout simplement la plus belle mezzo actuelle de la scène lyrique ?  Mes impressions furent plus contrastées quant à la prestation de José Van Dam en Méphistophélès. Le baryton belge maîtrise encore dramatiquement à la perfection un rôle qui fut sien sans rival pendant de nombreuses décennies ; l’incarnation est irréprochable. La voix ne suit pourtant plus avec la même aisance qu’auparavant : la sérénade ne se fait plus sans un certain essoufflement, l’assurance de l’aigu et du grave ne permet plus la même projection lors de la chanson de la puce, et volume comme couleur ne sont plus ceux du temps de la splendeur. Restent une présence dramatique certaine, la qualité de la diction, le souvenir d’un timbre et un « Voici des roses » d’une grande douceur et tout simplement très beau. Le résultat d’ensemble est très correct, appréciable même, mais très loin de la grandeur d’un interprète qui fut en tout point exceptionnel dans ce rôle. Nul ne saurait lutter trop longtemps encore contre les décrets de Saturne.

Malgré les quelques réserves posées sur un plateau de chanteurs dont j’attendais sans doute plus, le Boston Symphony Orchestra, les chœurs du Festival de Tanglewood et James Levine ont fait de cette soirée un merveilleux moment de musique, un grand concert, et une entrée en matière des plus réussies pour la saison à venir.

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 23 septembre 2007 7 23 /09 /2007 20:17



Je n’avais pas eu l’occasion d’assister aux premières représentations de cette production qui venaient en juin 2004 conclure l’ère Gall ; la mise en scène de Robert Carsen avait alors été très bien accueillie par le public comme la critique. La découvrant pour la première fois cet après-midi, je ne peux cacher une certaine déception. L’idée magistrale d’une Madeleine disparaissant sur le plateau nu de la scène de Garnier grande ouverte ne masque pas à elle seule une littéralité de bon aloi assez pauvre en imagination deux heures durant. Placer les protagonistes dans un décor de coulisses est en soi une idée intéressante, notamment dans la perspective de la conclusion déjà révélée, mais encore faudrait-il que la métaphore soit a minima exploitée. On s’agite en scène sans que les sentiments ou émotions des différents personnages ne se retrouvent particulièrement mis en valeur par ces gestes convenus. Robert Carsen semble avoir lui-même douté de sa capacité à tirer de ses coulisses métaphoriques la matière suffisante à alimenter son propos : il a ainsi cru nécessaire de rajouter à sa mise en scène une vague transposition parfaitement stérile, costume nazi de figurant inclus. Dommage de voir cet homme encore et encore tomber dans son usuel travers de l’inutile gadget comme seul viatique.


Tout du moins cette banalité scénique n’aura pas dérangé un plateau de chanteurs tous plutôt crédibles en scènes et acteurs honorables. Pour ce qui est de la musique, on déchante par contre significativement. Charles Workman, Flamand, et Tassis Christoyannis, Olivier, forment un couple de prétendants tout à fait honorable quoique fort terne et prosaïque dans l’ensemble, alors que le Comte d’Olaf Bär se révèle finalement décevant, sans verve ni ardeur, et vocalement même sensiblement incolore. Jan-Hendrik Rootering est désormais par trop privé de voix pour seulement faire tenter d’exister son La Roche : aussi bien le parole que la musica  échappent à cet artiste usé jusqu’à la corde, sans aigu, couleur ni étoffe, et pourtant le plus applaudi par le public au moment des saluts. Doris Soffel est quant à elle une artiste estimable et plutôt fine diseuse, mais il n’en demeure pas moins perturbant d’entendre une Clairon qui chante avec la voix de Klytemnästra. La Comtesse de Solveig Kringelborn assure finalement à elle seule les quelques moments de satisfaction vocale de cette matinée. La voix est légère et lumineuse, le chant non sans finesse et émotion, plus à l’aise dans la conversation en musique que lors des longues phrases musicales de la scène finale. On chercherait néanmoins en vain la trace de la moindre magie lyrique émanant de cette Madeleine. Si le duo de chanteurs italiens est sans saveur ni beauté, le Taupe de Robert Tear affirme une gouaille délectable et tout le charisme si cruellement absent dans le reste de la distribution.

Dans la fosse, Hartmut Haenchen assurerait à lui seul l’intérêt musical de cette reprise. Sa lecture respire la finesse et la clarté, déployant l’orchestration straussienne avec une réelle fluidité et une admirable légèreté de touche. La richesse musicale et littéraire de l’œuvre fait le reste et fascine toujours autant malgré les limitations de la production et du plateau. 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : Musique Classique
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Mardi 2 octobre 2007 2 02 /10 /2007 00:04

Mark André

…auf… II (création française)

 

Edgard Varèse

Amériques (version 1929)

 

Enno Pope

Obst (création française)

 

Matthias Pintscher

Towards Osiris (création française)

 

Pierre Boulez

Notations (pour orchestre) : I, VII, IV, III, II

 

Ensemble Modern Orchestra

Pierre Boulez, direction

 

Pierre Boulez nous a convié ce dimanche après-midi à un festin sonore rutilant. Toutes les pièces choisies ont en commun de se déployer pour un large orchestre traditionnel, notamment les percussions multiples, sans recours à l’électronique, et de flatter l’auditeur d’un flux constant de sonorités aussi fortes que belles et rares. Trois créations françaises étaient également au menu, aux côtés des Amériques de Varèse et des Notations de Boulez lui-même. L’arrière-scène de Pleyel, qui permet de voir diriger le chef de face, constituait là une aubaine irrésistible et j’avais soigneusement choisi mon fauteuil pour être installé face à Boulez et ne rien perdre de sa direction. On ne voit pas telle baguette diriger tous les jours. Encore moins un compositeur de haut rang à son sommet diriger ses propres œuvres.  

 

La première des trois créations, …auf… II, second volet d’un triptyque sur le thème de la résurrection du Christ, est sans doute celle qui m’a laissé la plus forte impression. Mark André travaille pendant quinze minutes le silence bruissant des cordes et de l’aluminium froissé, le fracassant d’assauts réguliers de sonorités saisissantes, comme en impulsions sonores étranges et étourdissantes.  Sur son estrade Pierre Boulez dirige avec des gestes précis et retenus, analytiques. La fascination engendrée par la partition se double de celle du chef, démiurge obtenant les dynamiques les plus spectaculaires, les arrêts les plus tranchants ou les frémissements les plus impalpables de mouvements savamment ajustés et millimétrés. La France s’honorerait de créer dans son intégralité ce triptyque d’un de ses ressortissants qui, comme Boulez, a choisi l’Allemagne comme terre d’accueil. Mark André, présent en cette matinée, a obtenu d’ailleurs une ovation bien méritée d’une salle Pleyel envoûtée.

Le contraste de cette première pièce avec les Amériques de Varèse est fascinant. Déchaînant la masse sonore puissante et vigoureuse de la partition, la direction de Pierre Boulez se meut en des gestes plus enveloppants et puissants pour une orgie sonore démesurée, puissamment rythmée. Rarement un orchestre m’aura semblé autant comme de la lave en fusion, à la pâte somptueuse et à la souplesse quasi instantanée, se mouvant et se soulevant en permanence dans un flot irrésistible. Les transitions et modifications sonores obtenues par Boulez tout au long de la partition sont uniques. Tout juste peut-être la violence sonore se révèle un rien excessive, exacerbée par l’acoustique de Pleyel, amplificateur démoniaque et chaleureux des masses orchestrales. Jamais je ne crois avoir entendu prestation orchestrale aussi ample et soutenue, déferlante même, sans que ni rondeur ni beauté du son ne soient en rien altérées.  

 

En seconde partie, Boulez nous livre une autre création française de Enno Poppe, Obst. En quinze minutes et quatre mouvements, le compositeur nous dépeint quatre fruits en une nature morte musicale pleine de couleurs et de surprises. Le second mouvement émeut par l’usage récurrent de quarts de ton emplis de mystère et d’étranges saveurs. La plastique musicale est superbe. Le dernier mouvement est tout aussi réussi, riche de couleurs et de surprises dans sa vitalité dynamique. Towards Osiris de Matthias Pintscher, troisième et ultime création française de ce concert, m’a semblé plus avare de réelle surprise sonore et me laisse quelques heures plus tard un souvenir moins prégnant.

 

Boulez dirigeant Boulez est à bien y réfléchir quelque chose de vertigineux, sans doute historique : un compositeur de premier plan se dirige lui-même. Malgré son raffinement et sa complexité ses Notations dans leur forme symphonique apparaissent comme des modèles d’élégance, de lyrisme et de beauté formelle. La septième notation irradie d’une beauté émouvante, enveloppante et tendre. La seconde, conservée pour la fin, puis bissée, exacerbe une rythmique implacable, à la fois crûment barbare et d’une sophistication souveraine. Toutes fascinent par la richesse musicale d’un univers magique et simplement somptueux. Dirigeant son oeuvre, le chef d’orchestre fait corps avec le compositeur, et les gestes tranchants et anguleux du début du concert s’épanouissent dans des formes caressantes et rondes. Parmi les routines de luxe d’une saison parisienne, un concert à marquer d’une pierre blanche.

Je profite de cette chronique pour écrire tout le bonheur que j’ai eu à lire Le maître et son marteau de Philippe Olivier publié en 2005 aux éditions Hermann. L’auteur analyse le compositeur à travers le double prisme de son rapport à la France, patrie d’origine, et de son rapport à l’Allemagne, patrie élective. Séparé en deux parties distinctes, France et Germania, l’ouvrage démontre avec brio à quel point Boulez ne pouvait s’inscrire dans la culture française d’une musique académique, volontiers divertissante et superficielle, mais surtout conservatrice et avant tout politique, officielle et étatiste. L’auteur inscrit Boulez dans sa filiation naturelle d’héritier par excellence de la Seconde Ecole de Vienne, et dans la proximité d’une germanité profonde, innovante, presque rebelle. Les rapports de Boulez avec Landowski, représentant d'une certaine musique officielle et nationalement enracinée, s’en éclairent naturellement. L’amateur d’opéra, puisque tel est l’objet principal de ce blog, y trouvera également matière à sa réflexion que ce soit dans les affres de la naissance de l’Opéra Bastille, dans la foi de Boulez en la nécessité d’une redéfinition conséquente de l’art théâtral, ou bien encore dans son rapport privilégié à Wieland Wagner, et, bien sûr, dans l’extraordinaire aventure du Ring du centenaire.


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Dimanche 7 octobre 2007 7 07 /10 /2007 01:17



Si Ariane et Barbe-Bleue présente une musique somptueuse, le livret en est assez faible. Le statisme dramatique et la qualité des dialogues, qui confinent parfois à la niaiserie, sont très certainement à l’origine de la rareté d’une œuvre à la partition orchestrale pourtant superbe. L’omniprésence du rôle-titre en scène n’aide guère non plus à développer les interactions entre les personnages, et réfrène naturellement la capacité théâtrale de l’unique opéra achevé de Paul Dukas. Donner une consistance scénique à l’ouvrage tient donc du défi. Anna Viebrock le relève avec talent, imagination et surtout succès. Tenant à distance les images faciles et simplistes, elle évite de sombrer dans l’édulcoration naïve d’un conte pris au premier degré. Décoratrice de métier avant tout, elle impose un décor étouffant de pièces exiguës, dans la grisaille d’une bâtisse moderne désaffectée, transposition efficace et évocatrice d’un château coupé du monde et inquiétant. L’exiguïté des pièces souligne avec pertinence le cheminement labyrinthique du premier acte, mais aussi la claustration étouffante et obscure du souterrain au second. L’usage retrouvé de l’avant-scène au dernier acte crée la respiration et l’espace nécessaires à illustrer la liberté de geste, et d’âme, des épouses partiellement délivrées. Un écran vidéo de taille réduit sur la partie droite de la scène offre des perspectives complémentaires : gros plans sur des objets anodins des différentes pièces au premier acte (le joyau découvert par Ariane n’étant autre que ce foyer tant désiré), vue du dessus verdie au second pour renforcer le mystère sombre du souterrain, et, enfin, au dernier acte, la perspective du monde extérieur, par l’embrasure de la porte. Cette mise en situation s’accompagne d’une grande sensibilité dans le dessin des mouvements et émotions des différents protagonistes. La direction d’acteurs souligne entre autres à merveille les individualités et sentiments de chacune des épouses. Leur toilette au dernier acte, symbole d’une féminité indépendante et retrouvée, est admirablement croquée. Aussi, leur volonté commune de rester auprès de l’être aimé s’illustre à la toute fin de l’ouvrage par des postures toutes fort émouvantes. Beaucoup d’autres détails ou moments seraient encore à noter dans cette mise en scène imaginative, intelligente et plus poétique que ne pourrait le laisser supposer de prime abord la plastique du décor.


On ne pouvait rêver Ariane plus charismatique en scène que Deborah Polaski. Elle occupe la scène avec aplomb et domine intelligemment de sa stature et sa présence les autres protagonistes deux heures durant. Vocalement, le résultat est sensiblement moins convaincant. Nous savons désormais que le registre aigu de la chanteuse est irrémédiablement atteint, fluctuant parfois dangereusement selon les notes et l’intensité des émotions. Si plusieurs moments se révèlent difficiles, la qualité et la sensibilité des phrasés et des nuances dans le médium restent ceux d’une artiste d’exception, encore capable de trésors de musicalité lorsque sa voix ne l’abandonne pas. Quelles que soient ses difficultés vocales bien réelles, Deborah Polaski s’inscrit avec pertinence et engagement dans le projet scénique d’Anna Viebrock, et marque d’une empreinte significative cette belle production. Si Willard White (Barbe-Bleue) chante fort bien ses quelques répliques, il réussit surtout par son charisme à imposer en quelques minutes seulement une figure scénique marquante et très émouvante. Julia Juon chante une Nourrice sans défaut, vocalement très à l’aise, mais aussi sans réel éclat. A noter parmi le beau quatuor très homogène des épouses, la voix ambrée et somptueuse de timbre de Diana Axentii (Sélysette), et celle fraîche et claire de Jäel Azzaretti (Bellangère) ; Iwona Sobatka (Ygraine) et Hélène Guilmette (Mélisande) se révèlent également sans faille. En cinquième épouse muette,  Geneviève Motard (Alladine) offre une composition scénique remarquable d’expressivité et de sensibilité pudique.

Dans la fosse, Sylvain Cambreling s’impose comme le grand triomphateur de la soirée. Sa direction est magnifique, élégante et vigoureuse à la fois, et le chef sait restituer les splendeurs orchestrales de la partition de Paul Dukas avec une richesse sonore bien souvent enthousiasmante. Une soirée sans doute imparfaite, mais souvent émouvante et toujours passionnante, bref, hautement réjouissante.  

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Dimanche 21 octobre 2007 7 21 /10 /2007 00:09
 


The Gabrieli Consort and Players

Paul McCreesh, direction
 

Anna Korondi, soprano

Christianne Stotijn, mezzo-soprano

Werner Güra, ténor

Neal Davies, basse

 


J’ai toujours trouvé que la Missa Solemnis déploie une telle grandeur qu’elle en devient encombrante. La densité de l’orchestration et les effets de masse du monument beethovenien  me sont toujours un peu resté sur l’estomac, à dire vrai. La venue de Paul McCreesh et de ses Gabrieli Consort and Players était prometteuse et pouvait permettre d’envisager une nouvelle perspective sonore sur l’œuvre, plus vivante et allégée.

 

Pour ce qui est du produit allégé, une chose est sûre cette interprétation n’aura fait grossir personne, à commencer par la qualité des textures sonores. Les quarante choristes auront eu raison tout le long du concert des cinquante et quelques instrumentistes. A raison de deux choristes par pupitre de violons rachitiques, le calcul sonore est vite fait : l’orchestre est tout simplement quasiment inaudible dès que les chœurs dépassent les tonitruantes bornes d’un mezzo forte un peu soutenu. Je peux témoigner de mes yeux de la présence sur scène de trois contrebasses et cinq violoncelles ; mes oreilles ne peuvent quant à elles rien garantir, puisqu’ils restent tous inaudibles d’un premier rang de premier balcon. Le solo grinçant du premier violon dans le Benedictus laisse à dire vrai peu de regrets. Les cuivres sont quant à eux bien audibles, et bien malheureusement, puisqu’il faut sans cesse faire face à des problèmes d’intonation répétés des trompettes, adjoints de décalages en fanfare ci et là des cors. Dans ce salmigondis sonore, notons la grande beauté des pupitres des bois, qui ont ici fort à faire, et qui s’en sortent plus d’une fois à merveille.

Le chant est plus satisfaisant, les chœurs féminins surtout, chaleureux, ronds, toujours très agréables à entendre. On s’en réjouit, puisque comme déjà souligné, on n'entend pratiquement qu’eux tout du long de cette exécution sans sommation. Les solistes appellent à peu d’enthousiasme, Werner Güra excepté, beau et franc d’émission. Remplaçant Miah Persson initialement prévue, Anna Korondi vinaigre allègrement sa partie et ses aigus, alors que Christiane Stotijn semble souvent incertaine. Neal Davies est plus satisfaisant, digne et contenu.

Après ces quelques constats amers, il convient de poser la question qui fâche : les Gabrieli étaient-ils seulement dirigés ? Paul McCreesh, a beau mouliner amplement des bras tout du long avec rondeur, le manque d’articulation et de tension des pupitres est effarant pour un ensemble baroque de cette réputation. Il faut dire que si la Missa Solemnis devient sous sa baguette dangereusement anorexique, elle n’en est pas pour autant athlétique et les tempi se traînent dangereusement. Le Sanctus et l’Agnus Dei sont interminables, léthargiques, à en hurler son impatience du coup de timbales suivant. Adopter le timing de Klemperer avec un effectif baroque est nécessairement suicidaire : il en résulte un étiolement permanent des sonorités et une arche sonore mollassonne et dénervée, effondrée. Cette absence de tenue, un comble pour une messe, fait fleurir les décalages comme autant de rosaces brisées. A trop vouloir alléger et réformer les fondations de la cathédrale, celle-ci s'est écroulée sur elle-même.

Les fidèles auront vite quitté dès sa conclusion cette messe britannique lénifiante, et on témoigne même, du premier balcon, avoir vu quelques mauvais chrétiens, au parterre, s’enfuir au beau milieu de l’office.  

 

 

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Samedi 17 novembre 2007 6 17 /11 /2007 20:31

 

S’il est un opéra où l’acuité psychologique et l’inspiration du metteur en scène sont fondamentales, c’est bien celui-là. Tout d’abord  parce que le livret de Auden et Kallman est brillant, et que c’est chose suffisamment rare à l’opéra pour être noté. Mais aussi parce que le compositeur, occupé à tisser ses pastiches, fait jaillir une musique qui s’inscrit souvent par sa vivacité en ironique contrepoint d’une histoire fort sombre et douloureuse. C’est là toute la richesse de l’œuvre. André Engel a malheureusement choisi de se mettre à l’unisson de la musique seule. En déplaçant le lieu et le temps de l’œuvre vers les Etats-Unis des années 50, Engel trouve matière à filer parfaitement la métaphore de la comédie musicale. L’univers plastique et chorégraphique de ce Rake’s Progress s’inspire des comédies américaines de l’époque et de Broadway, avec une pointe d’inspiration ci et là des cartoons façon Marvel, déjà palpable dans son précédent Cardillac à la Bastille. Le résultat peut sembler distrayant un temps, mais très vite il se révèle plutôt creux : le bordel de Goose manque tout de même de soufre, le cimetière paraît anodin, et l’asile final idyllique. Le dessin des personnages en souffre aussi, Baba surtout, platement caractérisée pour ne pas dire inexploitée, mais aussi Nick Shadow, en rien inquiétant ou ambigu. On se retrouve alors fort loin de l’esprit des tableaux de William Hogarth qui ont inspiré l’œuvre, et les amusantes claquettes de Rakewell et Shadow ne compensent certainement pas ce qui est perdu en profondeur, en arrière-plans grinçants. The Rake’s Progress par le petit bout de la lorgnette, en somme… Que Stravinski use du pastiche musical, c’est un fait. Faut-il pour autant transformer cet opéra en une vague parodie ?

Dans la fosse, Frédéric Chaslin contribue également à l’aseptisation de l’œuvre. Les mouvements sont fluides, les sonorités de l’Ensemble Orchestral de Paris arrondies, les rythmes précis mais sans heurts, avec beaucoup de musicalité et d’élégance certes, mais surtout sans le tranchant, les aigreurs et les palpitations attendues. Tout du moins le chef et le metteur en scène sont ici en parfaite cohérence, fut-ce dans le parfait contre sens de vouloir transformer The Rake’s Progress en comédie musicale. 
Heureusement, le spectacle peut compter sur un excellent plateau de chanteurs, masculins notamment, qui font oublier bien souvent les réserves émises précédemment. Thomas Randle chante fort bien un Rakewell quasi idéal, alliant une voix charnue, solide et virile, belle même, à une vraie sensibilité. Son âme damnée est plus convaincante encore : David Pittsinger en Nick Shadow s’impose avec une voix ambrée, facile, sonore, superbement chantante sur toute la tessiture ; dommage que l’acteur n’ait pas été plus sollicité par le metteur en scène.  La belle basse de Gregory Rheinardt convainc sans peine non plus en Truelove. La voix de Olga Peretyatko, Ann Trulove, est délicieusement fraîche et lumineuse, et l’actrice très crédible, souvent touchante. L’intensité et le rayonnement viennent pourtant à manquer parfois chez cette jeune soprano, peut-être encore verte, mais à suivre sans doute avec attention à l’avenir. Elsa Maurus en Baba the Turk se révèle nettement moins satisfaisante par manque de l’indispensable charisme vocal et théâtral requis par le rôle.

En conclusion, une matinée vocalement agréable mais théâtralement très en deçà des enjeux dramatiques de l’ouvrage. Gageons que la lecture d’Olivier Py à Garnier en mars sera d’une toute autre trempe. Le site Internet de l’Opéra de Paris semble indiquer que Py s’inspirera directement des tableaux de William Hogarth. Prometteur.
 

 

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Dimanche 25 novembre 2007 7 25 /11 /2007 02:13



Le public du TCE a reçu ce soir très chaleureusement cette production. Pour ma part, je reconnais avoir connu une vive satisfaction à l’ascension du Saint tant il me tardait d’échapper au purgatoire d’ennui ressenti trois heures durant. L’extase dans la contemplation a ses limites. Je reconnais toutefois au librettiste, le futur pape Clément IX, d’avoir su se réorienter professionnellement de manière intelligente après avoir commis cet insipide missel. Le livret est dénué de tout enjeu dramatique un tant soi peu consistant, et cet interminable bavardage se complait dans la niaiserie sans vergogne aucune. Le fossé littéraire séparant cette bondieuserie et les livrets contemporains offerts par Striggio ou Busenello à Monteverdi est abyssal. Aux prises avec une telle matière, on ne saurait trop en vouloir au metteur en scène, Benjamin Lazar, de faire ce qu’il peut. Pourtant, la gestuelle mécanique imposée tout le temps et à tous les chanteurs, qui se veut sans doute d’époque, en rajoute encore dans la guimauve et la mièvrerie et ne contribue pas à une quelconque démarche d’animation de ce sépulcre théâtral. Le grotesque de la situation et de sa représentation m’a contraint à étouffer plus d’une fois un franc éclat de rire. La plastique générale est recherchée, évoquant à la lumière des bougies dans ses décors et costumes quelques toiles contemporaines de l’oeuvre, mais se révèle somme toute très vite vaine : la carte postale cède vite au convenu tant elle s’anime peu, et la littéralité est fatale lorsque l’œuvre confine à ce point à la vacuité la plus achevée. En somme, la mise en scène se noie dans la joliesse plus qu’elle en tire profit. La première de l’ouvrage en 1632 semble avoir fait sensation par le recours à des machineries nombreuses et impressionnantes. Dommage que le metteur en scène ne se soit pas saisi de ce souvenir pour tenter d’extirper un peu de sève de l’ouvrage plutôt que d’en rajouter dans le statisme et la contemplation.


La musique de Stefano Landi ne se suffit pas à elle-même et ne fait pas oublier la déficience dramatique de l’ouvrage. Son manque de variété, d’imagination, d’esprit, et même de spiritualité, est palpable, comme si le compositeur pissait de la portée comme ses personnages pleurent Alexis. Les Arts florissants et William Christie contribuent à la fadeur du spectacle. Les sonorités sont parfois belles, mais jamais l’orchestre ne donne l’impression de palpiter, de prendre le moindre risque. La partition finit ainsi de s’aplatir et de s’alanguir, dans une dynamique très molle et des tempi trop lents, sans sel ni sensualité aucune. Heureusement, les chanteurs apportent un peu d’intérêt à l’entreprise. L’écueil  de la monotonie que pouvait impliquer la distribution de neuf contre-ténors est heureusement évité par une distribution judicieuse mêlant des chanteurs aux caractères vocaux bien différenciés. Damien Guillon et Pascal Bertin piaillent allègrement leurs rôles comiques, Xavier Sabata est imposant et accrocheur dans le rôle de la mère, et Terry Way captive par son chant ample et noble en Rome et Religion ; seul Ryland Angel, Adrasto, déçoit par une émission fruste et guère soyeuse. Dans le rôle du saint, Philippe Jaroussky est souvent touchant, et voix et chant sont magnifiques. Max Emmanuel Cencic dans le rôle travesti de l’épouse m’a quant à lui vraiment impressionné : la rondeur et la chaleur de l’émission sont confondantes de beauté et de sensualité, le chant suprême, l’interprète  rayonnant. Du côté des basses, satisfaction pour le père chanté avec conviction par Alain Buet, et plus encore pour le Démon vif et bien timbré de Luigi De Donato, souvent passionnant. Chœurs corrects, mais voix enfantines désastreuses, l’Ange soliste plus particulièrement.

Mon impiété ne m’avait pas conduit jusqu’ici à croiser la vie de Saint Alexis. Je dois dire à quel point j’ai été édifié par cette histoire d’un homme se laissant mourir sous l’escalier de la demeure paternelle, regardant de longues années d’affectueux parents et une fidèle épouse pleurer toutes les larmes de leurs corps sa disparition. Je dois être mauvais catholique, mais décidément, la voix du Démon qui conseille à Alexis d’aller faire taire les pleurs inutiles de ses proches m’a semblé la plus raisonnable dans cette histoire. Ce cas de conscience fut néanmoins beaucoup moins prégnant que celui consistant à savoir s’il était bien utile de revenir à mon fauteuil après l’entracte. J’ai finalement opté pour le chemin de croix, qui me permet tout du moins de vous relater mes impressions. Vouée au mauvais saint, la poursuite du purgatoire n’aura malheureusement pas débouché sur un quelconque paradis musical.

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : Musique Classique
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Mardi 27 novembre 2007 2 27 /11 /2007 04:12
 

Schubert : Trios n°1 opus 99 et n°2 opus 100

Mendelssohn : Trio n°1 opus 49 (scherzo)

Dvorak : Trio n°4 opus 90 (andante moderato)

Chostakovitch : Trio n°2 opus 67 (allegro con brio)

 

Menahem Pressler, piano

Daniel Hope, violon

Antonio Meneses, violoncelle

 

 

C’est un des plus beaux ensembles de musique de chambre qui mettra fin à sa glorieuse carrière l’été prochain au festival de Tanglewood, lieu de ses débuts en 1955. Les Beaux-Arts Trio, menés par leur ultime fondateur, le pianiste Menahem Pressler, s’arrêtaient donc à Paris ce soir pour y célébrer leurs adieux. Célébrer est bien le mot : la fête était grande ce soir salle Gaveau, de celles dont on sort commotionné, mais tellement heureux d’avoir vécu un moment précieux et rare.

 

Dès les premières notes de l’allegro moderato de l’opus 99 l’émotion est intense, la tendresse diffuse. Le violon de Hope caresse, le violoncelle de Meneses respire la poésie, et Pressler veille en patriarche attentionné à chaque articulation, chaque dynamique, de ses deux cadets. Il est rare d’être ainsi happé en l’espace de quelques mesures seulement, c’est pourtant ce qu’il advient, instantanément, irrésistiblement. L’andante fait retenir son souffle, enivre par sa poésie. Le frisson est immense. Le scherzo m’a semblé en deçà des deux premiers mouvements, en présence, en concentration, sans doute parce ceux-ci étaient inouïs, d’une beauté infinie, à couper le souffle. Le rondo émerveille par contre par son esprit, par la capacité insensée de Pressler, rieur et amusé, à faire naître en quelques notes un climat étonnamment évocateur ; Hope et Meneses lui répondent alors avec un art de la nuance, de la suggestion, qui laisse ravi et admiratif à l’entracte.

A ce moment gracieux, répond un trio en mi bémol majeur implacable. Le contraste est saisissant. L’allegro, pris dans un tempo très mesuré, en impose par sa majesté, sa grandeur quasi beethovenienne. Rarement ai-je entendu cette musique si fière, si grande, si puissamment articulée. Lorsque vient l’andante con moto, la musique semble s’accélérer en comparaison, se durcir encore ; les cordes râpent, le piano bouleverse, mais avec une intrépide noblesse, sans jamais chercher l’attendrissement facile. Les phrasés sont rudes, appuyés, sans concession ; les moments d’apaisements des répits de brève durée tout au plus. L’atmosphère générale flaire le ravage, le climat tient de l’orage le plus noir. Ce Schubert là ne fait pas vibrer une quelconque corde sentimentale mais affiche un pathos violent, viril, brutal, dont on ressort terrassé, exsangue. Si le scherzo détend l’atmosphère, inutile d’y espérer avec les Beaux-Arts Trio un répit charmant comme on l’entend parfois : l’ambiance est austère, le ton quasi martial. Sommet peut-être d’un concert évoluant pourtant à des hauteurs vertigineuses, l’allegro moderato déploie une tension insoutenable, assommante. Par vagues, la chaleur du violon de Daniel Hope envahit, le lyrisme si délicat de Meneses émeut, les climats du vieux lion Pressler à son clavier fascinent encore et encore. Dans l’emportement terrible des dernières mesures, la musique s’achève, le silence se fait, et la salle explose. Miracle de la musique, miracle des grands interprètes parmi les plus grands.

Il était bien entendu que pour une soirée d’adieux, et face à un public aussi enflammé, nous n’en resterions pas là. Le premier bis, Mendelssohn, offre, dans son allégresse, un peu de repos aux âmes ébranlées et une démonstration fort éloquente de la virtuosité des musiciens. Le second, Dvorak, permet au Beaux-Arts Trio de déployer toute leur richesse musicale, belle, profonde, colorée ; tout leur esprit raffiné aussi. Le démoniaque second mouvement du second trio de Chostakovitch grince et ricane virtuose, avec une expressivité mémorable et délirante. Une  fois encore la salle Gaveau explose, se lève toute entière et fait longuement triomphe à ce Beaux-Arts Trio incomparable et grand. L’ovation se poursuit alors jusque dans les escaliers qu’empruntent les musiciens pour se rendre à leur ultime séance parisienne de dédicaces dans le hall de la salle Gaveau.

Adieu donc les Beaux-Arts Trio, nous ne vous oublierons jamais.

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 9 décembre 2007 7 09 /12 /2007 04:41

Sally Matthews, la Peri

Mark Padmore, le narrateur

Kate Royal, une jeune fille, solos de soprano

Bernarda Fink, l’ange, solos de mezzo-soprano

Andrew Stapples, un jeune homme, solos de ténor

David Wilson-Johnson, un homme, Gazna, solos de basse

 

Orchestra and Choir of the Age of Enlightenment

Sir Simon Rattle, direction

 

 

Das Paradies und die Peri demeure encore une rareté dans les salles de concert. A tort sans doute, tant la partition de Schumann brille par son inspiration et sa finesse d’écriture. Son succès fut d’ailleurs en son temps immédiat, y compris à l’extérieur des territoires germaniques. La variété des climats est impressionnante, le lyrisme de l’œuvre envoûtant, l’émotion délicate et nuancée. J’imagine difficilement que l’œuvre puisse trouver meilleurs défenseurs que les artistes réunis ce soir. A commencer par les chœurs et l’orchestre de l’Age of Enlightenment. Les violons distillent une finesse aérienne, les violoncelles vibrent avec une chaleur réconfortante, les bois sont onctueux, les cuivres délicats et presque spirituels. Les chœurs sont du même niveau, subtils et finement dosés, clairs et fins.  L’ivresse sonore est constante, la musicalité infaillible et souveraine. Sir Simon Rattle obtient de tous un résultat châtié, d’une rare transparence, et surtout d’une délicatesse infinie. Tout paraît ici mesure, poésie, raffinement extrême, sans pourtant que ne soit sacrifié en rien l’élan chaleureux et romantique  de cette belle partition.

Si le plateau de solistes réuni n’est pas tout à fait au même niveau que l’étonnante prestation orchestrale et chorale de ce concert, il reste éminemment supérieur. Bernarda Fink est pour moi un mystère. Est-ce ce grain de voix si particulier ou bien cette sensibilité si palpable et émouvante ? Cette chanteuse m’apparaît toujours limitée en éclat et en aisance, mais sait me toucher profondément chaque fois que je la croise sur une scène. Ses interventions émouvantes, et d’une rare musicalité ce soir, ne dérogent pas à la règle. La Peri de Sally Matthews, plus charnelle que féerique, me laisse un tantinet plus partagé : l’interprète, dramatiquement fort impliquée, est souvent vibrante, mais son allemand est peu articulé et la voix manque de lumière et de beauté intrinsèques. En comparaison, l’autre soprano, Kate Royal, parait plus belle d’étoffe mais moins affirmée et marquante, un peu verte encore peut-être. Tout comme Bernarda Fink, Mark Padmore fait partie de ces artistes qui m’enchantent à chaque nouvelle rencontre. Son narrateur démontre une fois encore sa classe et sa sensibilité naturelle. S’il m’a semblé parfois ce soir en légère méforme vocale, le chanteur reste somptueux et l’artiste, éloquent et toujours élégant, plus admirable encore. Ce chant et cette voix me sont toujours un vrai bonheur. L’autre ténor, Andrew Stapples, plus charnu mais non sans tendresse, chante également fort bien sa partie.  David Wilson-Johnson, digne et retenu, fait passer quant à lui beaucoup d’émotion à chacune de ses interventions.

Tous contribuent à l’homogénéité d’une soirée enthousiasmante, digne d’être longtemps conservée en mémoire. La première partie s’achève dans un silence d’une longueur impressionnante avant que le public n’ose briser l’envoûtant sortilège. A la fin de l’ouvrage, il ne sait plus retenir son enthousiasme et s’envole avant même la fin des dernières mesures. Une demi-douzaine de rappels chaleureux s’en suit. La Peri n’est pas la seule ce soir à avoir rejoint le paradis.

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : Musique Classique
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Mercredi 19 décembre 2007 3 19 /12 /2007 01:23


Garcia : La figlia del'aria, Ouverture,  « E non lo vedo... Son regina »
Persiani : Ines di Castro, « Cari giorni »
Mendelssohn : Octuor opus 20, Scherzo (version orchestrale)
Mendelssohn : « Infelice » pour voix, violon et orchestre
Rossini : Il barbiere di Siviglia, Tempête
Rossini : La Cenerentola, « Nacqui all’affanno… non più mesta »

Donizetti : Concertino pour clarinette, Andante sostenuto
Rossini : Otello, « Assisa al piè d’un salice »
Rossini : Il Signor Bruschino, Ouverture
Balfe : The Maid of Artois : « Yon moon o’er the mountains »
Hummel : Air à la Tyrolienne avec variations
Bériot : Concerto pour violon n° 7, Andante tranquillo
Bellini : La Sonnambula, « Ah, non credea mirarti… Ah, non giunge »

Malibran : Rantanplan
Rossini : La Cenerentola, « Non più mesta »

La Scintilla

Cecilia Bartoli, mezzo-soprano

 

 

Dire que la soirée n’a pas été agréable serait mentir. Cecilia Bartoli est incontestablement une des grandes chanteuses de notre temps et son art frôle la perfection. L’aigu est d’une facilité déconcertante, et si les vocalises dans le grave semblent parfois désormais un peu grippées, on connaît peu de chanteuses pouvant afficher à la fois cette beauté de voix, cette technique déconcertante, et surtout cette musicalité toujours d’une grande richesse qui semble innée. Le reproche serait délicat alors même que certains moment flirtaient avec plus parfait bonheur vocal : la sensibilité des phrasés pianissimi de Ines de Castro est sensationnelle, l’aria de Desdemona anthologique, et Amina plutôt émouvante ; la tyrolienne de Hummel est même un grand moment de jubilation partagé avec le plus grand enthousiasme par la salle. Seule l’aria de Mendelssohn, quoique fort bien assumée et avec conviction, dénote d’un pari qui marchait fort bien au disque mais beaucoup moins en scène ; question de moyens avant tout. De son côté, l’orchestre de la Scintilla est également au-dessus de tout soupçon : beauté chaleureuse et caressante de tous les pupitres, articulations et expressivité louables, dynamiques souvent étourdissantes, tout produit ici un son délectable.

 

Pourtant, en quittant la salle, heureux de cet agréable moment, on commence à se dire qu’il a manqué quelque chose à cette soirée pourtant en apparence si irréprochable. Ce n’était tout simplement ni inoubliable, ni magique, ni même excitant. L’exemple rare de la soirée à laquelle on ne saurait faire le moindre reproche factuel, qui ne laisse même pas sur sa faim, mais dont on s’étonne de la faible impression laissée en soi in fine. On pense naturellement d’emblée à l’annonce, faite en préambule du spectacle, du mauvais rhume dont recouvrait à peine Cecilia Bartoli. Peu de temps est nécessaire pour se raviser : comme noté précédemment, la prestation vocale de la Bartoli n’a nullement été en cause lors de la soirée. Est-ce la salle du Théâtre des Champs-Elysées un soupçon trop vaste pour l’ampleur réelle de Bartoli ? Peut-être, surtout lorsque le répertoire présenté repose uniquement sur les épaules d'une vocaliste qui sonne distante. Cecilia Bartoli a d’ailleurs beau avec entrain remuer des bras son rantanplan ou surjouer sa tyrolienne, je n’étais pas venu pour ce genre de plaisirs, peut-être payants pour l'artiste, mais somme toute minces et vite oubliés pour le spectateur.

Après un temps de réflexion, ce concert me semble en fait la parfaite illustration d’un concept fonctionnant à merveille au disque mais qui ne se concrétise plus avec le même bonheur au concert. Primo, le récital public induit pour un chanteur l’ajout d’interludes, rien de plus normal. Qu’il y en ait six pour huit arias commence à devenir fort problématique, d’autant plus lorsque s’enchaînent, pour coller au ton de la soirée, des morceaux orchestraux d’un intérêt tout relatif, pour ne pas dire ennuyeux à mourir, de génies orchestrateurs de l’acabit d’un Bériot, d’un Garcia ou même d’un Donizetti. Le temps finit par être long, l’impression de remplissage domine. Le disque se révélerait-il d'ailleurs aussi plaisant s’il fallait endurer entre chaque plage des pensums instrumentaux de cette médiocrité ? Secondo, les qualités de colorations, d’expressivité et de subtilité de l’interprète, qui conféraient une vraie âme au disque, se perdent inexorablement dans les dimensions sans doute trop larges de la salle. Au disque et pour tel programme, l’intimité trouvée par l’auditeur avec les inflexions et les richesses interprétatives de la Bartoli compensait un programme un peu hasardeux et d’une qualité intrinsèque hétérogène. En scène, ne reste plus qu’un exercice vocal certes louable, mais, au bout du compte, artistiquement plutôt creux.

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2007-2008 - Communauté : musique classique
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