Waltraud Meier, Pleyel, 23/11/2009

Publié le par Friedmund

 


Franz Schubert

Wehmut, Die Forelle, Gretchen am Spinnrade, Nachtstück, Der Erlkönig.

 

Richard Wagner

Wesendonck Lieder: Der Engel, Stehe still, Im treibhaus, Schmerzen, Traüme.

 

Richard Strauss

Wie sollten wir geheim, Morgen, Die Nacht, Befreit.

Vier letzte Lieder: September, Im Frühling, Beim schlaffengehen, Im Abendrot. 

Cäcilie, Zueignung. (bis)

 

Hugo Wolf

Der Abschied. (bis)

 

Waltraud Meier, mezzo-soprano

Joseph Breinl, piano

 

 

Fascinant récital ! Ecartons d’emblée ce que la voix ne peut pas ou plus : soutenir un piano ou une mezza-voce parfaitement justes voire colorés. Le parcours remarquable de hochdramatische wagnériennes effectué ces dernières décennies par Waltraud Meier n’est sans doute guère compatible, à ce stade de sa carrière, avec le maintien d’un soutien ferme et plein de la ligne quand celle-ci se fait douce et frémissante. Les premiers Schubert, Wehmut et Die Forelle, en sont une première illustration qui se représentera de manière récurrente lors de la soirée. A la suite, Gretchen vibre par contre d’une intensité et d’une plénitude de l’interprétation qui balaient toute réserve. Les orgues vocales de Meier remplissent sa Marguerite d’une flamme dense et brûlante, qui étreint et ne relâche plus dès les premières notes. Der Erlkönig, qui transporte l’interprète de mille émotions visibles dans chacun de ses gestes ou traits de son visage, prend plus intensément encore et incarne, dans une urgence affolante, les angoisses et terreurs de cette histoire ; les dernières notes laissent épuisé, tétanisé. L’écriture des Wesendonck Lieder se prête sans doute mieux aux moyens de Waltraud Meier. Elle confère au cycle une intensité qui se fait ici brûlante, puissante et passionnée, sans relâche ni mièvrerie. La densité du propos est étonnante, la langue éloquente, l’impression grandiose. Rarement interprète dans ce cycle fétiche, si souvent entendu au concert et par les plus grandes, m’aura ainsi captivé de la première à la dernière note. La Mathilde Wesendonck que nous livre Waltraud Meier se consume ainsi de toutes les flammes d’une Isolde incandescente en devenir. Combien faut-il que le philtre ait été puissant !

 

La seconde partie fait écho à la première avec les mêmes vicissitudes et grandeurs. Les quatre lieder isolés de Richard Strauss ne suscitent qu’un enthousiasme modéré. On goûte le phrasé, le geste d’ensemble, la langue surtout étonnante, mais les problématiques de justesse sont une gêne à plus d’une occasion. Ainsi Befreit ne convainc pas, mais Morgen permet de goûter toute la sensibilité et la féminité d’une interprète dont l’expressivité reste d’une incomparable richesse. Premier bonheur des Vier letzte Lieder à suivre, accompagné au piano : enfin entendre cette musique autrement qu’avec la voix d’un soprano lyrique noyé dans les largeurs de l’orchestration straussienne ! La leçon que donne Waltraud Meier dans ce testament est sensationnelle. September frappe d’entrée par son intensité, son verbe prenant, la puissance d’un phrasé d’une variété dynamique en permanence au service d’une expressivité souveraine. Im Frühling est sans doute plus délicat à négocier pour l’artiste mais convainc toutefois. Beim Schlaffengehen, peut-être le sommet de la soirée, résonne encore en moi plusieurs heures après le concert comme un choc. La voix accompagne brûlante chacune des lignes ascendantes de l’écriture avec une maîtrise exceptionnelle, un sens du mot sidérant, et surtout une déferlante émotionnelle difficile à décrire, à faire trembler les murs de la salle Pleyel. Rare moment comme on en vit peu dans une salle de concert, où l’émotion submerge, où l’esprit semble se dissocier du corps. Saisir Im Abendrot est nécessairement difficile après l’expérience du lied précédent ; le poids et la couleur de chaque mot, la subtilité de la langue et de l’expression, l’émotion pudique ne manquent pourtant pas d’emporter encore. 

 

Les bis straussiens démontrent si nécessaire la meilleure adéquation de Waltraud Meier à un format vocal plus large. Cäcilie est ainsi une réussite certaine qui fait entendre glorieux l’ampleur et la puissance de la chanteuse. Zueignung, plein et charnel, naturel et incarné, transporte avec bonheur ; amoureuse dédicace reçue avec joie et reconnaissance en cet instant. L’adieu se fait avec Hugo Wolf, avec une verve, un chien et un humour qui achèvent spirituellement et chaleureusement une soirée mémorable. Signalons la présence certaine et complice de Joseph Breinl au piano, présent et au diapason de celle dont il fut mieux que l’accompagnateur ; un partenaire à l’écoute, sachant rencontrer tour à tour et la sophistication et l’intensité de Waltraud Meier. 

 

Que dire encore de cette soirée si ce n’est qu’elle s’inscrit au compte de celles que l’on n’oublie pas ? Inégale et imparfaite sûrement, mais aussi souvent extraordinaire, bouleversante. Waltraud Meier demeure encore et toujours cette artiste inouïe, à l’impact vocal certain, d’une classe éblouissante, et expressive comme peu le sont, comme peu le peuvent. Waltraud Meier fait partie de ces rares artistes bénis des Dieux qui mieux que des notes savent invoquer l’âme.

 

 

Publié dans Saison 2009-2010

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