Operachroniques
Luigi Nono : Composizione n°1
Felix Mendelssohn : Symphonie n°4 « Italienne »
Ludwig van Beethoven : Concerto pour piano n°4
Gewandhausorchester Leipzig
Riccardo Chailly, direction
Maurizio Pollini, piano
Pour son ouverture de saison, Pleyel avait vu les choses en grand. L’histoire est cependant bien connue : de grands noms ne font pas nécessairement de grands concerts. La qualité des artistes réunis protège bien sûr la soirée de toute médiocrité, et celle-ci reste et demeure, dans l’ensemble, d’une tenue supérieure. Le prestige de l’affiche laissait pourtant espérer ce brin de grandeur et d’excitation des grands soirs. En vain.
On imagine volontiers un si vénérable et ancien orchestre avant tout ensemble de tradition. Curieusement, c’est la musique de Nono qui aura su le mieux mettre en évidence les beautés et raffinements du Gewandhaus de Leipzig. Fluide et précis, Riccardo Chailly dose avec science et le volume et les coloris de son orchestre. Sa séquence est un cristal frémissant, à la précision rythmique implacable, qui se densifie sans s’alourdir au fur et à mesure que la musique avance. Les cordes de Leipzig abondent en couleurs et en chaleur, les bois et les cuivres séduisent par la pureté de leurs intonations, alors que les percussions soutiennent le tout diaboliquement. L’ensemble se révèle très excitant. Mendelssohn joué dans la foulée déçoit nettement en comparaison. Le geste du chef est preste, véloce, latin, sans une trace de la pompe germanique qui bien souvent défigure cette musique. Pourtant, le tout m’a semblé bien incolore, et surtout grevé d’appuis trop marqués, aux cuivres et aux cordes les plus graves essentiellement, au regard de la vivacité d’ensemble imprimée par le chef. En somme, un visage fin et de rêve, mais de lourdes jambes qui empêchent tout envol.
D’emblée Beethoven se révèle bien plus séduisant. Les cordes dessinent ailées un contour à la plume que de bien beaux bois viennent emplir tour à tour de touches colorées d’une merveilleuse finesse. Hélas, Maurizio Pollini, moins apollinien qu’à l’accoutumée, appuie et contraste ici de manière bien rude ses accords, alourdissant ainsi de son jeu, deux mouvements durant, un orchestre qui avait enfin su se débarrasser de ses encombrants appuis mendelssohniens. Le dialogue entre orchestre et soliste semble vite tourner dans ces conditions au malentendu. Contre toute attente, le dernier mouvement, d’une joie svelte et nerveuse, se révèle tout à fait jouissif sous la baguette ludique et sans pompe de Riccardo Chailly. Maurizio Pollini allège et se prend au même jeu, et la soirée laisse enfin entrevoir, dix minutes durant, les sommets attendus.
Ce dernier mouvement beethovenien puis l’absence de tout bis renforcent le sentiment final d’une rencontre en tout point inachevée.
Commentaires