La Bohème, Champs-Elysées, 15/12/2009

Publié le par Friedmund

 

Un ténor peut en cacher un autre : j’attendais impatient le Rodolfo de Joseph Calleja, nous eûmes in fine Vittorio Grigolo pour le remplacer. Seul élément latin au sein de ce concert d’importation munichoise, le jeune ténor italien détonne un peu dans le raffinement retenu de son entourage. La voix est belle, facile et même ample pour l’emploi ; et séduit de prime abord sans réserve par sa chaleur, son parfum marqué de tous les soleils de l’Italie. Si le matériau brut dégage d’évidentes séductions, le chant qui en émane amène à quelques réserves. Plus d’une fois ce Rodolfo donne l’impression de passer inutilement en force, d’oublier le poète derrière une fougue juvénile bien énergique. Les variations dynamiques semblent privilégier les extrêmes, entre piani détimbrés qui affadissent la ligne, et passages en force toutes voiles dehors qui malmènent la rondeur du chant. L’artiste dégage pourtant une sympathie et un enthousiasme qui finissent par emporter malgré tout l’adhésion.

Le couple qu’il forme avec la Mimi suprêmement raffinée et subtile d’Anja Harteros se révèle assez déséquilibré et ajoute un regret à l’absence de Calleja, sans doute bien mieux apparié sur le papier à une telle Mimi. Et quelle Mimi ! La voix est veloutée, d’une rondeur sans aspérité, d’une sombre chaleur feutrée, superbe. Et le chant, intense, bien maîtrisé, déploie mille raffinements, mille subtilités qui ne brident en rien une émotion constante. On pourrait éventuellement objecter que les effluves qui se dégagent de ce chant respirent plus volontiers les alentours de Garmisch-Partenkirchen que ceux de Torre del Lago. Mais qui résisterait à tant de luxe sonore, à tant de classe vocale, de classe tout court ? Sans aucun doute, Anja Harteros mérite amplement sa place au rang des meilleures sopranos du moment. Puisse Paris la réentendre bientôt et souvent !

Aux côtés du couple principal, les seconds rôles brillent par un même esprit, une remarquable homogénéité, une solidarité évidente. Ainsi, Levente Molnar impose un Marcello vocalement solide, d’une crédibilité parfaite, irréprochable même si sans séduction particulière. On retient du Colline de Christian van Horn la jeunesse, la fraîcheur, le contour léger et délicat ; bonheur exquis pour un rôle fréquenté par tant de basses qui font sonner le philosophe avec une jeunesse sinistre et bien ternie. Exact et très présent, le savoureux Schaunard de Christian Rieger complète à merveille le quatuor des bohèmes. Le numéro d’Alfred Kuhn en Benoît se révèle irrésistible, celui de Rüdiger Trebes en Alcidoro très convaincant. Bonheur des troupes. Elena Tsallagova, entendue précédemment en Renarde à Bastille, dessine une Musetta piquante et gaie, sympathique et sans caricature, pour une fois jeune et tendre, comme relevée d’un zeste de fraîche acidité.

De tous les bonheurs tombés sur cette soirée, le moindre n’est certainement pas la qualité de l’orchestre et des chœurs de la Bayerische Staatsoper, absolument splendides. A leur tête, Asher Fisch étonne par le naturel de sa direction, au lyrisme ample et chaleureux mais sans excès, d’une vigueur rythmique constante et d’une merveilleuse inventivité, jamais ostentatoire. Rarement ai-je entendu cette musique jouée avec une telle richesse sonore et un tel équilibre entre tendresse et dynamisme.

En somme, une merveilleuse et réjouissante Bohème.

   

        

Publié dans Saison 2009-2010

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