Altre Stelle, TCE, 27/04/2009

Publié le par Friedmund

 


Méhul : Andante de la deuxième symphonie
Berlioz : La mort d’Ophélie opus 18 n° 2 (première partie)
Gluck : Sicilienne (Armide)
Rameau : "Cruelle mère des amours" (Hippolyte et Aricie)
Gluck : "Enfin il est en ma puissance..." (Armide)
Gluck : Ballet des Ombres heureuses (Orphée et Eurydice)
Gluck : "Renaud, ciel ! Mortelle peine", "Le perfide Renaud me fuit..." ,"Quand le barbare était en ma puissance..." (Armide)
Cherubini : Ouverture du troisième acte, "Du trouble affreux qui me dévore" (Médée)
Gluck : Air des Furies (Orphée et Eurydice)
Berlioz : "En mer, voyez, six vaisseaux", "Ah je vais mourir", "Adieu, fière Cité" (Les Troyens)
Berlioz : La mort d'Ophélie op. 18 n° 2 (2e partie)

 

 

Orchestre Les Siècles

Anna Caterina Antonacci, soprano
François-Xavier Roth, direction musicale

 

J’avais peu goûté ce que Juliette Deschamps avait offert pour Era la Notte. De l’eau, du feu, des jeux d’ombre, des objets symboliques, le tout respirait la joliesse de bon aloi privée de sens. Les mêmes artifices peuplent encore Altre Stelle : un livre, des verres brisés, un feu qui éclaire la nuit, et même une tempête de neige égarée entre les soleils brûlants de Corinthe et Carthage. Ce nouveau spectacle propose pourtant une cohérence sans doute meilleure et mieux construite. Juliette Deschamps perd son interprète dans un couloir labyrinthique aux couleurs du palais de Minos. L’errance proposée est celle de la femme amoureuse puis abandonnée, de l’espoir jusqu’à la mort en passant par la violence maternelle. Le tout dans des costumes de notre quotidien contemporain. Eternelle histoire et corde féminine pour ne pas dire féministe. Le tout se regarde et se suit, tant bien même on se dit qu’avec une telle tragédienne en scène il y avait sans doute d’autres flammes à allumer. La tragédienne, c’est bien entendu l’incomparable Anna Caterina Antonacci, toujours aussi belle et intense à voir, dans un répertoire qui semble fait pour elle et que Paris ne lui propose désespérément plus. Honte sur les programmateurs parisiens. Phèdre l’expose vocalement et les outrages du temps commencent à se faire entendre. On admire pourtant la fougue, la colère, la douleur, et toutes ces passions qui se concentrent et s’embrasent et se régénèrent à chaque mesure. Armide est idéale de sensuelle féminité, d’élégante passion amoureuse, de mystère. Le chant se fait caressant, le verbe délectable. Autant de magie que de séduction, un brasier intérieur mais dévastateur, et la finesse d’un sentiment délicat en prime : tout le personnage est là et s’impose avec évidence. Les écarts et les turbulences de Médée trouvent Antonacci souveraine encore, sans doute mise à mal parfois par l’écriture, mais tragédienne comme jamais, grande tout simplement, et extraordinaire diseuse. Le plus beau reste pourtant à venir avec une mort de Didon extraordinaire de musicalité, à l’impeccable articulation, anthologique. Anna Caterina Antonacci y verse tout à tour douleur, rage, nostalgie et abnégation en vraie reine de légende, noble et belle, grande et sublime. Dans la fosse François-Xavier Roth mène Les Siècles avec une attention soutenue à l’articulation et obtient souvent des couleurs fortes. Le résultat n’est toutefois pas exempt d’une certaine lourdeur et d’un prosaïsme insigne. Peu importe, ce spectacle ne vaut que par et pour Anna Caterina Antonacci, cantatrice décidément unique et incomparable, et tient, en ce qui la concerne, toutes ses promesses et bien plus encore.

           

Publié dans Saison 2008-2009

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