Macbeth, Bastille, 13/04/2009

Publié le par Friedmund

 

 

La force et l’intelligence de l’Eugène Onéguine présenté en début de saison avaient pour le moins attisé mon désir de savoir ce que Dmtiri Tcherniakov tirerait de Macbeth. Le rideau baissé, mon sentiment premier est celui d’une déception. Sans doute le climat intimiste et psychologique de l’opéra de Tchaïkovski proposait plus de matière au talent et au savoir faire du metteur en scène. Le destin des Macbeth selon Tcherniakov n’est pas sans rappeler celui du couple Ceaucescu. Il fait ainsi du couple Macbeth d’obscurs notables dépassés par un destin de tyrans trop grand pour eux. Le peuple prend ici la place des sorcières et se fait au I initiateur et catalyseur d’une ambition de circonstance. C’est ce peuple encore qui assassine collectivement Banquo. Fragilisé, Macbeth achève la scène des apparitions par quelques coups de feu à l’encontre de cette populace inconstante qui désormais lui échappe voire le raille. De la répression naîtra la révolte, la prise finale d’assaut des appartements royaux et leur démolition expiatoire. Le metteur en scène russe sépare l’action en deux univers distincts : celui de l’intimité des Macbeth, une maison bourgeoise, et celui de l’espace public, une place d’une ville ouvrière. A l’exception de quelques moments plus saillants, aucun de ces deux espaces ne convainc vraiment. La métaphore de la transposition est savamment filée, mais peu d’images fortes surgissent de la scène. Et si Shakespeare pourrait éventuellement s’y retrouver, le grand mélodrame italien beaucoup moins. Je retiens toutefois ce finale du II qui laisse les Macbeth seuls en scène, ou bien encore la scène des apparitions, qui trouve toute son implacable cohérence au fur et à mesure de son déroulement. Autre idée étonnante, les tours de magie du brindisi (toute la médiocrité des Macbeth en quelques images simples), évoqués à nouveau, comme pour souligner le caractère finalement fragile de la Lady, lors d’une scène du somnambulisme plus pathétique que jamais. L’absence lors de la scène finale des chœurs et des deux ténors est une autre idée bien sentie mais qui souffre d’une réalisation peu imaginative (la sonorisation amplifiée depuis les coulisses était-elle bien nécessaire ?). Enfin, les transportations d’une scène à l’autre via une projection façon Google Earth apportent peu, si ce n’est peut-être de camper la modernité temporelle du propos et la petitesse du « royaume » des Macbeth, ici simple et modeste bourgade. De manière générale, la direction d’acteurs, si forte et imaginative pour Eugène Onéguine, semble ici souvent à court d’inspiration pour soutenir pleinement la vision pertinente et réfléchie du metteur en scène. Dommage.  

 

Si à défaut d’emporter l’adhésion la mise en scène intéresse, la réalisation musicale laisse quant à elle fort à désirer. Les chanteurs réunis sont dans l’ensemble très  honorables mais ne passionnent guère. Dimitris Tiliakos a de Macbeth l’élégance mais guère ni la présence ni surtout le registre aigu, souvent fragile et même instable. A ses côtés, Violeta Urmana assure son rôle de bout en bout par sa solidité vocale (à défaut de la vélocité et de la souplesse requises) mais ne convainc jamais pleinement. La composition est intelligente, l’actrice très présente, mais cette Lady manque terriblement de venin sensuel et de froide insinuation. Et si la scène de somnambulisme touche, c’est avant tout par son jeu et non par son chant. Ferruccio Furlanetto, que j’ai apprécié sans réserve en Filippo ou Fiesco, est en Banquo soit dans un mauvais soir soit dans un rôle qui ne lui sied guère : la voix sonne très engorgée, le legato est absent, l’homogénéité des registres fort compromise.  En comparaison, Stefano Secco semble une jouvence pour l’oreille tant l’émission est claire et la voix bien soutenue et projetée ; dommage que le chef lui sabote son aria en la désarticulant d’une manière insensée, ce qui conduit indirectement le ténor à altérer d’inutiles scories sa ligne de chant. Son confrère Alfredo Nigro lui donne la réplique par deux fois en Malcolm de manière très convaincante et l’ensemble des seconds rôles se révèle très correct.  Rien à redire non plus des chœurs, bien en place, à défaut d’être vraiment enthousiasmants.

 

Avec de tels solistes, même en retrait par rapport à leur meilleur, la soirée aurait pu tout de même se révéler agréable. C’était sans compter la baguette de Teodor Currentzis, invertébrée, maniérée et même souvent exhibitionniste. La personnalité artistique très tranchée de ce jeune chef suscite visiblement le débat. En ce qui me concerne, je n’ai jamais entendu pareil assemblage de tics démonstratifs : détails surlignés au détriment de l’ensemble, modifications soudaines et incohérentes des tempi, décharnement du phrasé ici puis brutalités vulgaires là, crescendi récurrents qui surgissent du néant pour retomber comme un soufflé… Le drame ne gagne rien à cette débauche d’effets clinquants, voire y perd une bonne part de son efficacité. Surtout, tous ces tripatouillages stériles finissent par fatiguer et irriter par leur vaine agitation. Dans une salle qui se délecte de mettre à l’index le moindre metteur en scène de talent sous l’accusation expéditive de « défiguration » des œuvres, l’accueil triomphal du chef d’orchestre au moment du rideau final ne manque vraiment pas de sel.

 

 

Publié dans Saison 2008-2009

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