Die Feen, Châtelet, 29/03/2009

Publié le par Friedmund

 

 

Ceux qui connaissent déjà l’œuvre (présentée et commentée précédemment dans ces pages ici) savent que la malédiction d’Arindal transforme pour cent ans la belle Ada en bloc de granit. Destin cruel, mais sans commune mesure avec le sort qui frappe le Châtelet, métamorphosé pour quelques saisons en temple du kitsch, de la paillette et du pseudo festif. Quel intérêt d’offrir la création française de Die Feen si c’est pour les tourner ainsi en ridicule ? On veut bien admettre que cet opus de jeunesse ne brille pas particulièrement par la finesse et l’intelligence de sa dramaturgie. Pourtant, il y a là matière à un premier degré merveilleux et héroïque. Et même à un second degré judicieux qui chercherait tout ce qui résonne dans ce premier opéra avec les chefs-d’œuvre à venir. Las, Emilio Sagi opte pour le strass, le rose fluo, les objets géants,  quelques jupettes et torses nus, et des lumières phosphorescentes ; ne manquent en définitive que les plumes caudales, mais l’esprit y est. Evidemment le farfelu est plus simple à mettre en image qu’une ensorcelante féerie. Quelques jeux de lumières viennent compenser tout le manque d’imagination théâtrale qui laisse le finale du second acte ou encore les épreuves d’Arindal vides de toute idée, de tout jeu dramatique concret. Et pourtant le jeune Wagner ne ménageait pas dans ces moments de tension ses effets ! Du pain bénit scénique même pas entamé par le metteur en scène en somme. Quant aux scènes plus légères, quelques rotations de chacun des chanteurs ajoutés quelques esquisses de pas de danse ridicules feront bien l’affaire ! La conception à nouveau réitérée du toc bigarré érigé en esthétique tendance qui habite désormais le lieu ne cesse décidément de m’échapper.

 

Heureusement, la musique était elle plutôt au rendez-vous. Ces Feen nécessitent avant tout deux rôles principaux aux vocalités hors du commun. Christiane Libor se joue des difficultés du rôle et s’impose haut la main en Ada. La voix, sonore et homogène, est absolument superbe et la chanteuse vocalise sans peine et sans faiblir. Mieux encore, l’interprète est formidable, jouant d’un organe qui lui permet tout autant la véhémence la mieux assurée que la douceur la plus exquise. Formidable soprano que j’espère vite  revoir à Paris. William Joyner, Arindal, n’est malheureusement pas au même niveau. Le médium corsé est plutôt beau, l’interprète est parfois éloquent, mais la tessiture meurtrière du rôle lui échappe sensiblement. Le registre aigu s’efface progressivement au fil de la matinée pour le laisser presque aphone dans sa grande scène du troisième acte. On admire le courage du chanteur, et les huées au rideau final m’ont semblé bien excessives face à un rôle aussi ardu, mais force est de reconnaître que le compte n’y est pas.Des nombreux seconds rôles se détache nettement Nicolas Testé, somptueux Groma et Roi des fées. Lina Tetruashvili présente en Lora une voix acidulée et sombre, à la vocalise facile ; dommage que les consonnes ne soient pas au rendez-vous. Elle forme toutefois avec le Morald de Laurent Alvaro, solide et sans problème, un couple tout à fait satisfaisant. Même remarque pour le troisième couple : Laurent Naouri, pas nécessairement sur mon meilleur terrain, convainc malgré tout en Gernot, et Judith Gauthier campe une Drolla délicieuse de fraîcheur vocale et scénique. Eduarda Melo, piquante Zermina, et Salomé Haller, royale Farzana, forment quant à elles un épatant duo d’intrigantes. Citons encore avant de conclure Brad Cooper, convainquant Gunther.            

 

Marc Minkowski et ses Musiciens du Louvre saisissent à merveille le romantisme de l’écriture. L’étoffe musicale est splendide, l’approche est finement feutrée et bien articulée, et on se prend plus d’une fois à goûter avec délectation la qualité sonore de ce bel orchestre. Les chœurs contribuent également avec bonheur au ton châtié de l’ensemble. Le tout m’a semblé pourtant péché parfois par manque de poigne ou d’énergie, comme si les climats plus intimistes convenaient mieux à la fosse que les éclats dramatiques déjà spectaculaires du jeune Wagner. Pour tout dire, j’aurais apprécié parfois que Minkowski se révèle plus mordant voire violente un peu plus son propos ; et vienne ainsi compenser par une note plus salée la confiserie rose bonbon proposée par le metteur en scène. Cela reste un détail : la qualité musicale d’ensemble, plateau et fosse réunis, se révèle bien mieux que correcte et ajoute à la grande satisfaction de voir le royaume de ces fées enfin prendre vie sur une scène ; fût-ce travesti aux couleurs voyantes d’un fade tripot de Las Vegas.  

 

 

Publié dans Saison 2008-2009

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