Boulez-Uchida, Pleyel, 20/02/2009

Publié le par Friedmund


 

Arnold Schoenberg :

Verklärte Nacht op.4

Concerto pour piano op.42

Variations pour orchestre op.31

 

Orchestre Philharmonique de Radio France

 

Mitsuko Uchida, piano

Pierre Boulez, direction

 

 

Enchantement. Aucun autre mot ne peut mieux introduire et résumer à la fois ce concert Schoenberg joué par l’Orchestre Philharmonique de Radio France et Pierre Boulez à sa tête. La musique de Schoenberg se prête par elle-même à l’émerveillement : magie sonore si spécifique, si complexe et épurée à la fois, comme un cristal ivre de couleurs. Le style boulézien, par sa clarté, sa netteté, son acuité, procède généalogiquement de cette même musique. Leur rencontre est l’évidence même. Verklärte Nacht est articulé sous la baguette de Boulez avec la même précision que le plus exact et rigoureux des quatuors à cordes. Les pupitres de cordes pourtant fournis font oublier leur nombre dès lors qu’il s’agit de phraser virtuose des graffitis sonores impeccablement ciselés. Ils se soulèvent, crépitent, s’affrontent, fusionnent avec autant de mobilité musicale que le poème symphonique lunaire de Schoenberg offre d’incessante variation émotionnelle. Mais ces mêmes pupitres du Philharmonique de Radio France, superbes au demeurant, et sans doute galvanisés par une baguette apostolique, concentrent aussi leur puissance sonore pour offrir finalement une expérience sonore bouleversante. Ce sont encore la clarté et l’absolue lisibilité qui confèrent aux si complexes et rhétoriques Variations opus 31 un éclat ensorcelant, comme si cette musique était l’évidence même. Notes et tonalités libres et égales n’ont jamais autant que sous la baguette de Boulez donné l’impression d’un monde en  parfaite harmonie, radieux et baigné de lumière. La richesse sonore et l’exactitude des pupitres du Philharmonique de Radio France sont encore ici à louer : quel bel orchestre dirigé par telle baguette ! Entre l’exécution de ces deux monuments de l’histoire de la musique, la restitution du ludique concerto pour piano m’a moins convaincu. Séparément, j’aurais peu de reproches à formuler au chef, à l’orchestre et à la soliste. Mais, et c’est gênant dès lors qu’on parle d’un concerto, leur dialogue m’a semblé reposer sur des langages trop radicalement antagonistes. Ainsi Boulez tend une toile chaleureuse et sereine, d’une grande douceur, sur laquelle Mitsuko Uchida, féline et racée, virevolte nerveuse et comme agacée. Les nuances très contrastées de la soliste finissent par se perdre parfois dans leur subtilité, noyées dans la masse sonore d’un orchestre pourtant en rien tapageur. La grâce apollinienne d’un Maurizio Pollini aurait sans doute offert à l’orchestre enchanté de Pierre Boulez meilleure communion. Tous deux seront à l’affiche Salle Pleyel pour un programme prochain, que l’on ne ratera pas,  entièrement consacré à l’Ecole de Vienne.   

 

 

Publié dans Saison 2008-2009

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