Measha Brueggergosman : surprise !

Publié le par Friedmund


Pour une surprise, puisque tel est le titre de ce premier album chez Deutsche Grammophon, c’est une sacrée surprise ! Placer comme première carte de visite internationale un programme qui mêle des chansons de cabaret de William Bolcom, Arnold Schönberg et Erik Satie, voila qui révèle, avant même toute audition, une vraie et rare personnalité. L’écoute ne dément pas et confirme même un talent fou de la part de cette jeune soprano canadienne. La chaleur, la sensualité, et même, lâchons le mot, le chien de Measha  Brueggergosman se révèlent immédiatement fascinants. Sa capacité à dresser en quelques minutes les climats si particuliers des scènes de Bolcom étonne tout autant. Le ton, savoureusement gouailleur, rejoint avec un sourire aussi chaleureux que ravageur tout l’humour volontiers noir de ces textes. En quelques chansons à peine, la soprano démontre toute sa capacité à endosser des modes expressifs aussi variés que fabuleusement léchés. Les Brettl-Lieder de Schönberg, ruisselants d’un érotisme égrillard qui rappelle Arthur Schnitzler, conjuguent toute la sensualité et la gourmandise d’une artiste qui n’oublie pas qu’à Vienne même l’humour le plus coquin ne se dépare jamais d’une certaine tenue sophistiquée et pince-sans-rire. Si les mélodies de Satie portent la marque d’un français encore un peu approximatif dans ses intonations et ses accents, on y goûte par contre toute l’intelligence des inflexions verbales et toute l’éloquence de la soprano. Brueggergosman s’adapte tout aussi merveilleusement à l’humour féroce et aux parfums lourds et décadents de Satie qu’elle frayait avec bonheur son chemin dans les univers de Bolcom et Schönberg. On ne peut le disque fini que rendre les armes : la belle Measha semble déjà rassembler à son jeune âge toute la culture et le talent d’une interprète de lieder d’exception.  A ses côtés, David Robertson soulève le BBC Symphony Orchestra avec talent, colorie, s’alanguit et sourit avec elle ; et William Bolcom himself  l’accompagne amoureusement pour trois des mélodies de Satie. Et le programme est un plaisir permanent, varié dans ses trois styles et ses trois langues bien distincts. Le tout forme un disque irrésistible, joyeux et sensuel, loin de tout sentier battu ; en somme, une vraie bouffée de bonheur.


 

Publié dans Disques et livres

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