Il Sant'Alessio, Champs-Elysées, 24/11/2007

Publié le par Friedmund



Le public du TCE a reçu ce soir très chaleureusement cette production. Pour ma part, je reconnais avoir connu une vive satisfaction à l’ascension du Saint tant il me tardait d’échapper au purgatoire d’ennui ressenti trois heures durant. L’extase dans la contemplation a ses limites. Je reconnais toutefois au librettiste, le futur pape Clément IX, d’avoir su se réorienter professionnellement de manière intelligente après avoir commis cet insipide missel. Le livret est dénué de tout enjeu dramatique un tant soi peu consistant, et cet interminable bavardage se complait dans la niaiserie sans vergogne aucune. Le fossé littéraire séparant cette bondieuserie et les livrets contemporains offerts par Striggio ou Busenello à Monteverdi est abyssal. Aux prises avec une telle matière, on ne saurait trop en vouloir au metteur en scène, Benjamin Lazar, de faire ce qu’il peut. Pourtant, la gestuelle mécanique imposée tout le temps et à tous les chanteurs, qui se veut sans doute d’époque, en rajoute encore dans la guimauve et la mièvrerie et ne contribue pas à une quelconque démarche d’animation de ce sépulcre théâtral. Le grotesque de la situation et de sa représentation m’a contraint à étouffer plus d’une fois un franc éclat de rire. La plastique générale est recherchée, évoquant à la lumière des bougies dans ses décors et costumes quelques toiles contemporaines de l’oeuvre, mais se révèle somme toute très vite vaine : la carte postale cède vite au convenu tant elle s’anime peu, et la littéralité est fatale lorsque l’œuvre confine à ce point à la vacuité la plus achevée. En somme, la mise en scène se noie dans la joliesse plus qu’elle en tire profit. La première de l’ouvrage en 1632 semble avoir fait sensation par le recours à des machineries nombreuses et impressionnantes. Dommage que le metteur en scène ne se soit pas saisi de ce souvenir pour tenter d’extirper un peu de sève de l’ouvrage plutôt que d’en rajouter dans le statisme et la contemplation.


La musique de Stefano Landi ne se suffit pas à elle-même et ne fait pas oublier la déficience dramatique de l’ouvrage. Son manque de variété, d’imagination, d’esprit, et même de spiritualité, est palpable, comme si le compositeur pissait de la portée comme ses personnages pleurent Alexis. Les Arts florissants et William Christie contribuent à la fadeur du spectacle. Les sonorités sont parfois belles, mais jamais l’orchestre ne donne l’impression de palpiter, de prendre le moindre risque. La partition finit ainsi de s’aplatir et de s’alanguir, dans une dynamique très molle et des tempi trop lents, sans sel ni sensualité aucune. Heureusement, les chanteurs apportent un peu d’intérêt à l’entreprise. L’écueil  de la monotonie que pouvait impliquer la distribution de neuf contre-ténors est heureusement évité par une distribution judicieuse mêlant des chanteurs aux caractères vocaux bien différenciés. Damien Guillon et Pascal Bertin piaillent allègrement leurs rôles comiques, Xavier Sabata est imposant et accrocheur dans le rôle de la mère, et Terry Way captive par son chant ample et noble en Rome et Religion ; seul Ryland Angel, Adrasto, déçoit par une émission fruste et guère soyeuse. Dans le rôle du saint, Philippe Jaroussky est souvent touchant, et voix et chant sont magnifiques. Max Emmanuel Cencic dans le rôle travesti de l’épouse m’a quant à lui vraiment impressionné : la rondeur et la chaleur de l’émission sont confondantes de beauté et de sensualité, le chant suprême, l’interprète  rayonnant. Du côté des basses, satisfaction pour le père chanté avec conviction par Alain Buet, et plus encore pour le Démon vif et bien timbré de Luigi De Donato, souvent passionnant. Chœurs corrects, mais voix enfantines désastreuses, l’Ange soliste plus particulièrement.

Mon impiété ne m’avait pas conduit jusqu’ici à croiser la vie de Saint Alexis. Je dois dire à quel point j’ai été édifié par cette histoire d’un homme se laissant mourir sous l’escalier de la demeure paternelle, regardant de longues années d’affectueux parents et une fidèle épouse pleurer toutes les larmes de leurs corps sa disparition. Je dois être mauvais catholique, mais décidément, la voix du Démon qui conseille à Alexis d’aller faire taire les pleurs inutiles de ses proches m’a semblé la plus raisonnable dans cette histoire. Ce cas de conscience fut néanmoins beaucoup moins prégnant que celui consistant à savoir s’il était bien utile de revenir à mon fauteuil après l’entracte. J’ai finalement opté pour le chemin de croix, qui me permet tout du moins de vous relater mes impressions. Vouée au mauvais saint, la poursuite du purgatoire n’aura malheureusement pas débouché sur un quelconque paradis musical.

 

Publié dans Saison 2007-2008

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