Capriccio, Garnier, 23/09/2007

Publié le par Friedmund



Je n’avais pas eu l’occasion d’assister aux premières représentations de cette production qui venaient en juin 2004 conclure l’ère Gall ; la mise en scène de Robert Carsen avait alors été très bien accueillie par le public comme la critique. La découvrant pour la première fois cet après-midi, je ne peux cacher une certaine déception. L’idée magistrale d’une Madeleine disparaissant sur le plateau nu de la scène de Garnier grande ouverte ne masque pas à elle seule une littéralité de bon aloi assez pauvre en imagination deux heures durant. Placer les protagonistes dans un décor de coulisses est en soi une idée intéressante, notamment dans la perspective de la conclusion déjà révélée, mais encore faudrait-il que la métaphore soit a minima exploitée. On s’agite en scène sans que les sentiments ou émotions des différents personnages ne se retrouvent particulièrement mis en valeur par ces gestes convenus. Robert Carsen semble avoir lui-même douté de sa capacité à tirer de ses coulisses métaphoriques la matière suffisante à alimenter son propos : il a ainsi cru nécessaire de rajouter à sa mise en scène une vague transposition parfaitement stérile, costume nazi de figurant inclus. Dommage de voir cet homme encore et encore tomber dans son usuel travers de l’inutile gadget comme seul viatique.


Tout du moins cette banalité scénique n’aura pas dérangé un plateau de chanteurs tous plutôt crédibles en scènes et acteurs honorables. Pour ce qui est de la musique, on déchante par contre significativement. Charles Workman, Flamand, et Tassis Christoyannis, Olivier, forment un couple de prétendants tout à fait honorable quoique fort terne et prosaïque dans l’ensemble, alors que le Comte d’Olaf Bär se révèle finalement décevant, sans verve ni ardeur, et vocalement même sensiblement incolore. Jan-Hendrik Rootering est désormais par trop privé de voix pour seulement faire tenter d’exister son La Roche : aussi bien le parole que la musica  échappent à cet artiste usé jusqu’à la corde, sans aigu, couleur ni étoffe, et pourtant le plus applaudi par le public au moment des saluts. Doris Soffel est quant à elle une artiste estimable et plutôt fine diseuse, mais il n’en demeure pas moins perturbant d’entendre une Clairon qui chante avec la voix de Klytemnästra. La Comtesse de Solveig Kringelborn assure finalement à elle seule les quelques moments de satisfaction vocale de cette matinée. La voix est légère et lumineuse, le chant non sans finesse et émotion, plus à l’aise dans la conversation en musique que lors des longues phrases musicales de la scène finale. On chercherait néanmoins en vain la trace de la moindre magie lyrique émanant de cette Madeleine. Si le duo de chanteurs italiens est sans saveur ni beauté, le Taupe de Robert Tear affirme une gouaille délectable et tout le charisme si cruellement absent dans le reste de la distribution.

Dans la fosse, Hartmut Haenchen assurerait à lui seul l’intérêt musical de cette reprise. Sa lecture respire la finesse et la clarté, déployant l’orchestration straussienne avec une réelle fluidité et une admirable légèreté de touche. La richesse musicale et littéraire de l’œuvre fait le reste et fascine toujours autant malgré les limitations de la production et du plateau. 

 

Publié dans Saison 2007-2008

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