Maria Callas

Publié le par Friedmund

 

Qu’écrire sur Maria Callas qui n’a pas déjà été mille fois avancé ou évoqué ? Difficile pourtant de ne pas céder à cette date anniversaire qui ne peut guère laisser insensible mon âme foncièrement callassienne. Si au fil des années et des rencontres avec d’autres artistes la Divine est devenue souvent moins incontournable, la fascination perdure, sans commune mesure. Pour moi, le génie vocal si souvent évoqué de Callas est avant tout un sens théâtral unique : même écorchée par les années et les épreuves, cette voix atteignait à des sommets d’émotion et de conviction dramatique.
  

Nous eûmes par la suite de parfaites stylistes telle Leyla Gencer ou d’autres voix qui semblaient tout pouvoir l’espace de quelques années comme celle d’Elena Souliotis. Des voix intrinsèquement plus belles peut-être aussi. Mais il n’y eut jamais de nouvelle Callas, car jamais aucune autre diva n’a su trouver la crédibilité et surtout le relief que Callas savait conférer à ses héroïnes ; même, et surtout, à celles échappées des mélodrames pourtant les plus improbables. Chantées par Callas, Mimi, Gilda ou Leonora di Vargas prennent vie, cessent de faire sourire et bouleversent enfin. Je réécoutais hier sa Carmen, subjugué, comme si le personnage était vivant, enfin réchappé des conventions les plus aliénantes de l’opéra-comique. Sa seconde Tosca de studio chez EMI, si décriée pourtant,  peut bien souffrir le martyre dans le registre aigu, jamais le personnage ne fut si réel, si présent, renvoyant la concurrence à un statut de glottes, somptueuses parfois, mais simples glottes quand même. Et que dire encore de ses Norma, Medea ou Violetta, immenses et inapprochables de théâtre grand et fort…

 

Il se répète que seule la scène donnait à Callas toute sa dimension : à l’écoute de son legs sonore je n’ose imaginer quel devait être l’effet produit en salle sur le spectateur si le disque n’en est qu’un pâle et édulcoré reflet. En cette journée du 16 septembre, ma main aura vagabondé vers les prises de Callas que j’aime le plus : les envoûtants extraits de sa Dalila, son Iphigénie à bout de voix (mais certainement pas de phrasé) pour les studios d’EMI, ou bien encore ce « Tu che le vanita »  bouleversant de noblesse et de grandeur royale à Hambourg ou Stuttgart en 1959.  Et encore et encore, ce « Ah non credea mirarti » de la Somnambule, qui devient chanté par Maria Callas un monument de poésie épurée et de pudique émotion. La voix sombre et ensorcelante de la Divine ne cesse de m’étreindre et m’accompagner depuis longtemps.

 

Pas de nouveauté pour cet anniversaire, mais un packaging avantageux chez EMI : toutes les intégrales et les récitals studio dans un gros coffret très économique. Tous ceux qui ne possèdent pas déjà tout ou presque en feront leur bonheur à coup sûr. Les récitals live et studio, incontournables, font aussi chacun l’objet de coffret séparés à un prix très avantageux. L’espoir se tarit de voir apparaître les pirates un temps annoncés de sa Leonora de Chicago avec Jussi Björling ou de ses Fedora et Imogène milanaises avec Franco Corelli. La rumeur semble tenace mais ne se concrétise malheureusement pas. Je rêve pour ma part encore et toujours de l’apparition d’une de ses cinq Elisabeth de Valois scaligères de 1954.


 

Publié dans Oeuvres et artistes

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