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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 18:26


Ce coffret Testament offre pour cette soirée déjà bien connue un gain de qualité sonore louable, présentant un son avec les mêmes qualités que le Ring de la même année: beaucoup de finesse, un relief saisissant, et plus de couleurs que les habituels sons des lives de Bayreuth des années 50. Joseph Keilberth est l'excellent Kappelmeister que l'on sait: manque sans doute la puissance de Klemperer, la frénésie de Sawallisch ou bien encore l'énergie de Reiner, mais au final une direction classique et équilibrée qui fait toujours plaisir à entendre. La prise de son stéréo tend à amplifier les défauts et les qualités des chanteurs tels qu'on les connaissait du mono Decca. Ainsi l'usure des moyens de Ludwig Weber est surexposée par la finesse de la prise de son, tout comme les problèmes de justesse et la laideur de l'Erik de Rudolf Lustig. A contrario, le Steuermann de Josef Traxel n'en est que plus délicieusement lyrique et simplement beau de chant comme de voix. Je ne veux pas relancer le débat d'une époque qui minimise à mon sens outrageusement les vertus de Astrid Varnay, mais pour moi il est évident qu'elle n'est en rien Senta: manque la jeunesse, l'exhubérance, la rondeur d'un aigu qui sait se filer ou s'amplifier à volonté; bref ce n'est pas Rysanek, idéale à mes oreilles dans le rôle. Hermann Uhde gagne par contre énormément ici en beauté de timbre: quelle voix! Son Hollandais ne présente ni l'impact inquiétant et fantastique de London, ni l'humanité chaleureuse de Hotter, mais il est en somme un juste milieu en les deux, excellent. En résumé, une réédition de valeur et très appréciable, mais sans doute moins marquante que le Ring des Bibelungen du même été, bien parti pour trôner sur les plus hautes cimes de la discographie.

A mon sens, Sawallisch 59 avec London et Rysanek (Melodram), Reiner 50 avec Hotter et Varnay plus jeune (Naxos) et Klemperer 68 live à la BBC (Living Stage) continuent à dominer la discographie; Fricsay (DG) et Krauss (Archipel) moins parfaits vocalement méritent à être connu pour leurs visions orchestrales (et aussi pour le jeune Hotter de 44 pour Krauss). Il n'en demeure pas moins que malgré tout ses défauts cette soirée bayreuthienne reste à connaitre, ne serait-ce que pour Uhde, Traxel, le chef et la singulière Senta de grand format de Varnay.

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Disques et livres - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 18:17


Si l'interprétation de Ben Heppner est d’une constante qualité, je marque quand même une certaine déception à l'écoute de ce nouveau récital du heldentenor canadien. Si son Siegmund est ténorisant, dans la lignée d'un Torsten Ralf ou d'un Franz Völker, il n'en demeure pas moins que ce beau chant est relativement peu imprégné de la puissance expressive que nécessite le rôle. Les trois extraits du premier acte de Walküre se transforment ainsi en un beau cycle de lieder dramatiquement creux. Et le Walhall sait à quel point le ton héroïque et l'urgence sont fondamentaux pour le personnage. Siegfried le trouve plus convaincant car peu ont eu cette facilité vocale, et parce que la voix se prête sans doute plus par sa juvénilité à caractériser le fils que le père. Heppner est sans doute à son meilleur dans le lyrisme de la fin du deuxième acte et de la découverte de Brunnnhilde endormie, où il fait simplement merveille. La propension à rouler les r, déjà notée dans Florestan au Châtelet, devient parfois assez envahissante, d'autant plus que c'est là la seule scorie d'un chant qui brille avant tout par la pureté de la ligne et la beauté de l’émission.  Force est de reconnaitre pourtant que Siegfried n'a sans doute jamais été mieux chanté depuis Lauritz Melchior.  Peter Schneider procure un bel accompagnement orchestral à la tête de la Staatskapelle Dresden, et Burkhard Ulrich procure en Mime une belle réplique à Heppner.
 

Au dela de la prestation de Ben Heppner, j'ai deux réserves artistiques à poser sur le programme. Primo,
 un autocollant sur le CD programme qu'il s'agit de "Siegfried's life" (même en Allemagne ce CD serait-il en import des USA?): pourquoi nous imposer le Rheinfahrt et la Trauermusik, alors que le récit final de Siegfried "Mime hiess ein mürrischer Zwerg" aurait été pour le même minutage bien mieux venu et plus intéressant. Franchement, qui se passionnera pour l'interprétation, certes honorable mais fort dispensable, de Peter Schneider? Secondo, et péché bien plus grave, l'ajout du Rheinfahrt, qui brise le bel enchaînement possible de la fin du "Seliges Öde" avec la mort de Siegfried sur le leitmotiv du Réveil. James Conlon et Ben Heppner, justement, les avait magnifiquement enchaînés à Bastille lors d'un concert il y a quelques saisons de cela.

Je rappelle l'existence du CD EMI de Domingo contenant peu ou prou le même programme, Siegmund en moins mais le duo du Prologue de Götterdämmerung avec Violetta Urmana et le dialogue avec le Waldvogel de Natalie Dessay en plus. Moins bien chanté sans doute, mais autrement plus habité et moderne dans la conception du rôle du jeune Wälsung.

Par Friedmund - Publié dans : Disques et livres - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 18:06


Mise en scène de Wernicke magnifique, pensée, cohérente, intelligente, forte, une des plus belles vues depuis longtemps à Paris. Orchestre et choeurs fabuleux, direction de Sylvain Cambreling exceptionnelle de beauté de pâte, de dosage des pupitres et d'élégance.


Polaski magnifique de présence dramatique, intense, à la déclamation prenante une fois passées les difficultés du duo avec Chorèbe et un Chers Tyriens bien mauvais. Jon Villars est superbe, affirmé, alternant beau lyrisme et accents héroïques de sa voix claire et facile. Leur duo pianissimo, magnifiquement enivré par un très grand Cambreling restera un moment de magie opératique rare. A l'exception d'un Ferrari bien fruste en Chorèbe et d'une Zaremba trop lourde pour Anna, seconds plans excellents; beau Narbal de Youn.

Pour répondre à le question de la comparaison avec les représentations du Châtelet (1), la balance penche clairement pour moi vers Bastille, malgré les inoubliables prestations d'Antonacci et Tezier. 

Qu'on le veuille ou non, une grande mise en scène transforme une soirée d'opéra, et celle de Wernicke est splendide de bout en bout. Si en plus on ajoute un chef d'orchestre touché par la grâce, une grande tragédienne à l'oeuvre, fut-elle vocalement usée, et globalement d'excellents chanteurs, on frise le bonheur absolu.
 

(1)  Pour retrouver une chronique ancienne, mais en anglais, de la production Kokkos-Gardiner, voici ce que j'en écrivais à l'époque: 

http://operachroniques.over-blog.com/article-6005254.html 

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 18:04



 

A force de fréquenter les salles trop souvent, on oublie parfois que certaines soirées peuvent être hautement nutritives musicalement, musicologiquement et intellectuellement.

L'interprétation de René Jacobs passionne et interpelle de la première à la dernière note. Difficile de noter en quelques lignes l'étendue de la richesse offerte par le chef. La réflexion sur les tempi est absolument phénoménale: "Batti, batti" ou "La ci darem" pris dans des mouvements aussi vifs que soutenus retrouvent toute leur vis comica, alors que, a contrario, l'ouverture ou l'apparition finale du Commandeur distillent une frénésie dramatique et une vitalité jamais entendue dans leurs vifs andante. Idem pour le "Finchè dal vino" pris dans un mouvement ample, plus lent qu'à l'habitude, et surtout formidablement dansant et soutenu, ouvrant le finale en en définissant d'emblée la caractéristique dansée. L'intrication des trois danses du premier finale, fortement contrastées jusqu'à l'agressivité pour la contredanse et la paysannerie aura été un moment de rare jubilation musicale. Mémorable également "Ah fuggi il traditore" pris dans une violence sèche de cordes et une urgence toute droite issue d'une aria seria de Haendel. La tendance naissante de Jacobs à la variation fréquente de tempi me laisse par contre plus partagé. D'une part l'enchaînement récitatif-numéro est souvent remarquable, arias et ensemble prenant des envols somptueusement lancés dans des solutions de continuité très travaillées, d'autre part le procédé peut être parfois plus anti-musical que satisfaisant. Ce nouveau tic, typique chez Harnoncourt, est en développement très net chez Jacobs depuis sa Clemenza di Tito : espérons qu'il ne gangrènera pas trop de la sorte ses interprétations toujours fabuleuses.

 

La qualité des pupitres du Freiburger Barockorchester reste remarquable, quoique d'une sonorité légèrement raide et sèche en comparaison du Concerto Köln, et Jacobs joue à merveille, pour reprendre ses propres termes de cordes qui parlent et avancent en dialogue permanent avec des bois qui chantent et retardent. Les cordes incisives, leur virtuosité et leur qualité d'articulation sont simplement bluffantes, alors que les bois déploient des sonorités d'une richesse musicale étonnante. Tout juste peut-on déplorer que l'acoustique de Pleyel ne rend malheureusement pas service à un tel orchestre, la réverbération trop fortement marquée des sons les mixant trop globalement, nuisant significativement à la finesse et à la capacité de distinction des pupitres. Cette richesse de fusion des pupitres est sans doute appréciable dans Mahler, mais assassine pour Mozart sur instruments anciens. Le recours à l'ornementation systématique des parties da capo est bien entendue salutaire, et contribue à animer et à vitaliser cette partition ainsi irradiée de jeunesse et de rythme, à mille lieues des tombes marmoréennes habituelles. Il sera désormais difficile d'entendre de tristes da capo nus avec une molle noire à 50, un peu comme Harnoncourt a rendu en son temps impossible l'audition par les oreilles modernes de passions de Bach coulées dans le marbre.


Soyons franc, le premier attrait de la représentation d'hier restait le chef. Son plateau est homogène et sans génie, mais a le mérite de s'inscrire en parfaite osmose dans la démarche dramaturgique et stylistique de Jacobs : voix jeunes, raffinées et légères, virtuoses, et animées du sens de la scène. Que cela n'empêche pas d'en dire deux mots. Johannes Weisser s'impose par l'élégance de sa voix grande et somptueusement projetée : dommage que le chant, superbe, soit parfois entaché de scories verbales mal maîtrisées. La voix de Lorenzo Regazzo perd beaucoup de sa subtilité dans l'étouffoir vocal qu'est Pleyel. Je l'ai trouvé en fait satisfaisant mais plutôt quelconque. Kenneth Tarver remplace Werner Güra à la dernière minute et se révèle un Ottavio fort séduisant, raffiné et sensible, merveilleux de beau chant. Sans doute la plus belle prestation musicale de la soirée. Alessandro Guerzoni en Commandeur aussi sonore que bien articulé est simplement parfait, alors que Nicolay Borchev campe un beau Masetto dont la jeunesse et la légèreté sont les premières qualités. Alexandrina Pendatschanska reste étrange, étrangère presque, en Elvira qu'elle anime peu, ce que la version praguoise souligne encore plus cruellement : ni l'âme, ni la sensibilité, ni la quelconque vis comica ne donnent vie et corps au personnage. Sunhae Im ne manque certainement pas de cette verve ni d'abattage pour une Zerlina magnifiquement soutenue par le chef. Pourtant, la voix a beau être fruitée et l'actrice piquante, tout cela manque par trop de luxe dans l'étoffe vocale ; on regrette la somptueuse Bonitatibus initialement prévue. Enfin, Olga Pasichnyk séduit par la blondeur, la projection, la beauté d'ensemble, mais échoue sa Donna Anna sur une vocalise trop imprécise: trop de notes assurément pour elle dans la strette du Non mi dir ; elle en oublie quelques unes et savonne les autres.


En dépit des réserves émises ci et là, cette soirée n'en demeure pas moins un très grand moment de musique et de musicologie, très souvent d'une richesse musicale étonnante et d'une cohérence intellectuelle d'ensemble absolument fabuleuse. L'interview de René Jacobs fournie dans le programme vaut à elle seule son pesant d'or dans ses réflexions passionnantes sur la structuration potentielle quadripartite de l'opéra, le dialogue des pupitres, la variété des tempi, la critique des thèses hoffmanniennes, le statut du second finale à Vienne, ou bien encore la typologie vocale et la caractérisation psychologique de Anna et Ottavio. Après la version de Prague ce jour, Jacobs donnera demain celle de Vienne... et vivement le disque annoncé pour l'année prochaine !

 

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 18:00


J'en reviens un peu déçu, principalement à cause du chef.
Je m'explique. Tout commence somptueusement: Hartmut Haenchen commence par déployer un orchestre magique, retenu, frissonnant, d'un grand lyrisme (il suffit de voir les rondeurs qu'ils donnaient à sa gestuelle!), mesuré dans la dynamique... bref féérique et idéal. On se dit alors qu'un grand moment se présente. Arrive la fin du duo, et Haenchen déploie pour la première fois l'ensemble de l'orchestre fortissimo, garantissant un très bel effet... s'il était resté temporaire. Le problème, c'est qu'à partir de ce moment là, on ne sortira plus de ce tapage. L'orchestre n'est plus frémissant et lyrique, mais complètement assourdissant: le septuor des juifs perd toute sa subtile dynamique, les sept voiles, très raides, ne distillent aucun parfum d'Orient, et la magnificience et la subtilité des traits d'orchestre de la scène finale sont complètement noyés dans cette apocalypse de cordes et cuivres. Là où on devrait baigner dans l'érotisme le plus voluptueux, même malsain, on demanderait presque une aspirine pour cause de migraine... On finit dans le boucan, plus frustré encore après avoir goûté une première demi-heure de pure anthologie straussienne.

Catherine Naglestad est la première pénalisée de cet état de fait, le volume de décibels de sa scène finale ne lui laissant aucune opportunité de jouer avec sa voix, et la forçant à puiser dans ses ressources pour quelques phrases clés où elle viole son tempérament lyrique pour se faire entendre. Pour le reste, ses aigus sont peut être moins aigres que ceux de Mattila, mais elle n'en a vocalement ni la lumière, verbalement rien de la subtilité, et si elle fait la totale, elle ne possède pas non plus la sensualité agressive et féline de Mattila en scène. Globalement, cela reste une prise de rôle tout à fait appréciable, même s'il ne faudrait pas qu'elle y laisse sa voix, pas vraiment faite pour ça. Evgeny Nikitin se révèle par contre une franche déception en Jochanaan. Point très positif, sa voix très claire donne une vraie jeunesse à son personnage, mais cela ne saurait compenser des graves inexistants et des aigus qui n'ont pas la solidité requise par l'écriture straussienne; quelques huées aux saluts finals. Chris Merritt en fait des tonnes vocalement et scéniquement, écrasant de son charisme le plateau; pour la voix par contre, on sent l'aigu plus fragile qu'auparavant dès qu'une certaine violence expressive est demandée, et finalement de plus en plus de caractère plutôt que héroïque. Jane Henschel, Herodias, et Tomas Muzek, Narraboth,sont quant à eux parfaits.

Parterre à plus d'un tiers vide avant le mouvement de masse précédant l'arrivée du chef. Dommage, malgré les réserves sur Naglestad et Nikitin, et l'irrégularité de Haenchen, cela reste un beau spectacle, la mise en scène de Dodin étant efficace à défaut d'être géniale.

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : musique classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 17:54

  

Comme promis, je rapporte ici quelques échos du chaleureux moment que ACA nous a accordé le 28/09/2006 à l'issue de sa fabuleuse Vitellia.


Souvenirs parisiens

Alors que nous faisions part de notre frustration de ne pas avoir pu applaudir après son sublime Non piu di fiori, ACA nous a dit que ce n'était pas grave, car elle sentait la présence du public parisien derrière elle, et qu'elle aimait tout particulièrement chanter à Paris où elle se sent toujours très aimée et soutenue. Elle nous a aussi fait part de ses souvenirs d'Aggripina, pour elle un des plus beaux spectacles auquel elle ait participé, ainsi que du plaisir à chanter Nerone dans la production du TCE. Elle nous a aussi malheureusement confirmé que rien n'était prévu, ni en studio, ni en DVD à l'issue des représentations d'Aggripina. La vidéo des spectacles aurait pourtant bien été captée.

Prises de rôle à venir

ACA est revenue sur Medea, semblant très émue de le chanter à Epidaure dans les pas de Callas. ACA a évoqué sa prise de rôle en Carmen à Covent Garden, mais aussi Norma dans deux ans. Je lui ai fait remarquer qu'elle avait toujours déclaré que le rôle n'était pas pour elle, mais à ses yeux le rôle est trop beau pour ne pas le chanter, même si à ses yeux aucun rôle n'est plus difficile que celui là. ACA a aussi évoqué la Rachel de Bastille, en soulignant que ce rôle correspondait à quelque chose de très nouveau pour elle; elle semblait appréhender un peu également l'acoustique de Bastille (ce sera ses débuts sur cette scène, sauf erreur de ma part). En évoquant la reprise des Troyens de Kokkos à Genève avec Von Otter en Didon, j'ai cru comprendre qu'elle serait aussi intéressée par chanter Didon en plus de Cassandre à l'avenir.

Gluck et le plus beau des rôles

A la question de savoir si elle prévoyait de chanter Gluck à Paris, elle nous a répondu qu'elle rêverait de chanter Armide à Garnier, car pour elle ce rôle de magicienne amoureuse est le plus complet et le plus beau du répertoire, mais que malheureusement on ne le lui propose pas.  Messieurs Mortier et Joël, vous savez donc de qu'il vous reste désormais à faire!

Le répertoire allemand

En ce qui concerne le répertoire allemand, je lui ai demandé, puisqu'elle avait déjà chanté les Wesedonck lieder, si elle souhaitait aborder ce répertoire. Elle nous a répondu qu'elle avait déjà chanté un rôle en allemand, mais qu'elle ne s'y sentait pas particulièrement à l'aise. Lui suggérant les straussiennes et la Marschallin en particulier, elle nous a répondu qu'il n'était malheureusement pas possible de tout chanter, et qu'elle préférait continuer à privilégier le répertoire italien et français.

Giuseppe Verdi

Je lui ai demandé pourquoi elle chantait aussi peu Verdi. Elle nous a répondu que c'était son souhait de s'y consacrer un peu plus à l'avenir, évoquant son Alice au TCE. Je lui ai suggéré Elisabeth de Valois: ACA aimerait beaucoup chanter ce rôle, mais les théâtres lui proposent plutôt Eboli qui l'intéresse moins. Elle a évoqué comme projet, de peut-être aborder dans quelques années Lady Macbeth qui lui plairait beaucoup (et à nous donc!!!), confirmant par là même son appétence pour les "rôles de méchante qui l'amusent beaucoup" évoquée à l'issue de la représentation du 17.

Moment merveilleux de chaleur, de gentillesse et de respect de ses fans.
Merci beaucoup à vous Anna-Caterina!

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Oeuvres et artistes - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 17:52



Nouvelle soirée de très haute volée pour Anna-Caterina Antonacci ce soir, se concluant par un Non piu di fiori ineffable, indescriptible de classe et de beauté de chant. Elina Garanca a beau lui ravir la vedette à l'applaudimètre, le joyau de ce début de saison, c'est cette Vitellia insensée, d'une humanité et d'une sensibilité jamais entendues dans le rôle, pleinement assumée vocalement du la au ré et dans la vocalise, et qui irradie en permanence la beauté, vocale, verbale et scénique... Bref, j'arrête ici, je pourrais en parler des heures! Toujours aussi chaleureuse et accessible, elle nous a offert l'immense plaisir à un ami et à moi-même de nous consacrer un bon quart d'heure à la sortie des artistes pour discuter avec nous de ses souvenirs parisiens, de ses prises de rôle à venir ou de ceux qui lui plairaient à l'avenir. Un rare moment de bonheur venant prolonger ceux offerts sur scène les heures précédentes. 
Garanca est toujours vocalement aussi glorieuse, c'est fantastique il faut bien le dire, mais aussi toujours un peu réservée et peu expansive émotionnellement: l'émotion ne vient pas nécessairement se conjuguer à ce chant magnifique, sauf peut-être pour un Deh per questo istanto où l'armure se fendait un peu.

Le reste de la soirée m'a semblé un net cran en dessous de la matinée du 17. Hormis Ekaterina Siurina toujours délicieuse en Servilia, le reste du plateau était ce soir à la limite de l'inacceptable. Hannah Esther Minutillio, déjà vocalement peu attractive de timbre et de fluidité mozartienne, a rencontré de vrais problèmes avec la justesse dans ses deux airs. Roland Bracht m'a semblé encore plus intolérable que précédemment, lourdaud et vocalement à bout, pâteux d'émission, sans souffle et d'une laideur de chant et de voix incommensurable: je l'aurais presque maudit de gâcher par ses interventions les pures splendeurs qu'offraient Antonacci et Garanca lors du trio du II. Christoph Prégardien n'en pouvait simplement plus ce soir, en difficulté permanente dans ses trois airs, et même dans certains de ses récitatifs: on sent l'immense artiste qu'il a été, on devine les intentions de musicalité et le souci permanent du style et de l'élégance, le timbre reste somptueux... mais l'instrument ne répond simplement plus. A la baguette, Gustav Kuhn s'est révélé plutôt irrégulier, ici très mou voire décharné, là bien allant et chantant, rappelant un peu les cyclothymies de ses Cosi de l'année dernière; à son actif, une belle pâte orchestrale pourtant.

Bref, une soirée dominée par Garanca, et surtout par une Antonacci encore une fois inoubliable.

 

 

 

Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 17:44

 

Il est très rare que je regrette d'avoir vu un spectacle, tant bien même est-il mauvais. Ce soir je regrette tristement cette soirée un tant soi peu pathétique; dans son sens premier et sans ironie, j'aime trop Alagna et l'ai trop défendu ci et là pour écrire d'une plume sanglante sur cet immense artiste et chanteur. Maintenant il m'est bien nécessaire d'admettre que je retire avant tout de ce concert un immense malaise.

La donne était connue dès le départ: la première partie serait dédiée aux compositions de ses frères. La première parait charmante, à la seconde on se dit que décidément on est loin de Duparc, à la troisième on s'ennuie ferme. Par chance, le programme est court... A la faible substance de cette musique, s'ajoute l'embarras de comprendre pourquoi il est nécessaire de lire les mêmes poèmes avant qu'ils soient chantés. Alagna douterait-il tant lui même que ces mélodies trahissent la poésie de ces textes de Rimbaud, Verlaine ou Hugo? Imagine t-on réciter Heine entre deux lieder de Schumann? Ou bien serait-ce là un moyen de raccourcir un programme pourtant déjà très court?

La seconde partie a le mérite de remettre un peu de dignité artistique ci et là, notamment un beau Stradella, un Scarlatti tout à fait acceptable et un beau Chant du départ de Tosti. Pour le reste, on est principalement à Naples ou assimilé, avec des bonheurs divers. Dicitencello vuie donné en bis est insupportable d'effets exagérés et pleurnicheurs, mais l'aigu final usuel sera bien escamoté pour une fin moins exposante... A contrario, Io te vurria vasa était magnifique, peut-être le meilleur moment de la soirée.

Alors que le programme ne respire déjà pas la qualité artistique, Alagna fait le cabot, avec poses de crooner dos à la salle, bras écartés, allant serrer les mains du public et autres pitreries. Tout ça pour la plus grande joie d'un public dont on sent bien au comportement qu'il n'est pas celui des salles d'opéra, mais celui d'un troisième âge populaire et féminin, venu aux variétés. L'idée du Jacky de Brel m'a accompagné souvent au cours de la soirée, me faisant comprendre in fine mon malaise: ce n'est plus le récital du plus beau ténor lyrique de la scène internationale, mais celui d'un crooner de variété dont on dirait qu'il jette ses derniers feux dans une salle chaleureuse mais même pas délirante... et bien sûr même pas pleine.

Et la voix me direz vous? Difficile d'en juger dans tel répertoire. Le médium reste de toute beauté, les montées prudentes et rares dans un aigu très peu sollicité autrement que dans des pianissimi habiles. Le retrait de la Danza initialement prévue et l'absence d'un seul air d'opéra exigeant de tout le programme n'est pas de nature à empêcher comme un soupçon de détérioration d'une voix que l'on sent perdre sa couleur dès le passage franchi.

Mais ce n'est pas tant une possible crise vocale qui rend cette soirée triste: on sait bien Alagna recouvrer de graves problèmes de santé et que Radames ne doit rien arranger. Le malaise provient de sentir Alagna en complète crise artistique, faisant succèder à l'épisode Mariano un récital d'une telle indigence, et sans projet artistique autre que d'aller se casser la voix en Otello ou en Chénier.

Roberto Alagna est non seulement une voix d'exception, un styliste hors-pair, mais aussi un artiste attachant. Gageons que cela n'est qu'une nécessaire respiration après beaucoup d'années de pression médiatique importante, et que nous retrouverons Alagna à son meilleur très bientôt. 


Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : Musique Classique
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Dimanche 7 janvier 2007 7 07 /01 /Jan /2007 17:37
  
Matinée enthousiasmante cet après-midi: Garanca et Antonacci enivrent d'un parfum d'âge d'or!

Elina Garanca est le faste vocal fait mezzo: la voix, étendue et puissante, est de surcroît magnifique de couleur, agile et fière. Rarement ai-je entendu Sesto plus beau et affirmé, souverain de style, et magnifique de voix. Tout juste, émettrai-je le sentiment d'une certaine froideur et réserve un peu pénalisantes dès lors qu'il s'agit d'un personnage aussi juvénil et passionné que Sesto. Mais c'est là broutilles: la voix de Garanca est du plus précieux bronze.

Anna-Caterina Antonacci est tout simplement la plus belle Vitellia qu'il m'ait été donné d'entendre. La beauté de la langue, l'intelligence impressionnante des récitatifs, la musicalité de la ligne, tout est vocalement d'anthologie... et encore je ne parle même pas ici de sa souveraine tenue scénique, de la beauté magnétique qu'elle dégage en scène. Les mots me manquent pour décrire la grandeur de cette Vitellia, sa beauté, sa présence. Après un "Non piu di fiori" admirable, la frustration de ne pouvoir ovationner la chanteuse m'était immense, le chef ayant bien mal opportunément décidé qu'il enchainerait...

A côté de ces deux performances épatantes, le bonheur continuait avec la Servilia délicate et délicieuse de Ekaterina Syurina, justement ovationnée à l'issue de son air, et qui n'est pas sans rappeler les beautés d'une Edith Mathis. On urge Gérard Mortier de la réinviter rapidement dans Mozart. Christoph Pregardien quant à lui semble plus en voix qu'il y a deux saisons: ce Tito en difficulté dans l'aigu reste impérieux de timbre et de ton patricien, tout particulièrement dans des récitatifs souvent superbes.

Hannah Esther Minutillio est par contre un Annio médiocre, de chant, de timbre, de langue, tout comme le Publio de Roland Bracht, usé jusqu'à la corde, et désormais simplement inacceptable de mauvais chant. Ces derniers ne gâchent pourtant rien de cette superbe matinée, bien dirigée par Gustav Kuhn, et où, en seconde vision, mon avis a sensiblement changé sur la mise en scène des Hermann que je trouve finalement plutôt belle et réussie.

On peut bien dire ce que l'on veut, un grand chanteur change une représentation d'opéra: aujourd'hui, nous en avions deux aussi superbes et charismatiques l'une que l'autre.
Chapeau bas, Mesdames Antonacci et Garanca!
Par Friedmund - Publié dans : Saison 2006-2007 - Communauté : Musique Classique
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